kelpolitique
"seuls ceux qui croient en leurs rêves peuvent les réaliser" (hergé).
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vendredi, février 16, 2007
Accuser l'Iran de "génocide" avant de l'atomiser
CounterPunch, 8 février 2007
article original : "Charging Iran with "Genocide" Before Nuking It"
Le mois dernier, dans une analyse très intéressante, l'ancien chef d'état-major de l'Armée Russe, le Général Léonide Ivashov, a prédit une attaque nucléaire des Etats-Unis contre l'Iran d'ici avril prochain. "Dans quelques semaines", a-t-il écrit, "nous allons voir une machine de guerre informationnelle se mettre en marche. L'opinion publique est déjà sous pression. Il y aura une hystérie militariste anti-iranienne croissante, des nouvelles fuites d'information, de désinformation, etc." J'ai bien peur que cela sonne juste.
Ensuite, il y a le Général Oded Tira, l'artilleur en chef des Forces de Défense d'Israël qui a déclaré le mois dernier qu'une "frappe américaine sur l'Iran est essentielle" pour l'existence même de l'Etat Juif. Suggérant que "le Président Bush n'a pas assez de pouvoir politique pour attaquer l'Iran", il a lancé un appel urgent au Parti Démocrate renaissant de travailler en direction de cet objectif israélien. "Etant donné qu'une frappe américaine sur l'Iran est essentielle pour notre existence", a-t-il déclaré, "nous devons l'aider à paver le chemin en faisant du lobbying auprès du Parti Démocrate (qui se conduit de façon stupide) et des rédacteurs en chef des journaux américains. Nous devons faire cela afin de transformer la question iranienne en sujet bipartisan et sans la relier à l'échec en Irak".
Tira a exhorté de façon explicite le lobby d'Israël aux Etats-Unis à "se tourner vers Hillary Clinton et les autres candidats démocrates potentiels à l'élection présidentielle américaine, afin qu'ils soutiennent une action immédiate de Bush contre l'Iran". Le lobby semble faire un très bon travail là-dessus, en dépit des critiques de Tira sur la stupidité des Démocrates. Tous les favoris démocrates à la présidentielle ont assuré à l'AIPAC [1] ou aux auditoires israéliens qu'il sont au moins aussi bellicistes vis-à-vis de l'Iran que l'impopulaire Bush. En attendant, l'accusation israélienne, selon laquelle l'Iran lui pose une menace "existentielle", portée l'année dernière par Ehoud Olmert devant le Congrès américain, s'est insinué dans le discours américain officiel.
Se référant d'une manière générale à la "guerre contre la terreur", définie de façon vague, Cheney a récemment déclaré à Fox News : "C'est un conflit existentiel. C'est la sorte de conflit qui va conduire notre politique pour les 20, 30 ou 40 prochaines années". Sa fille Elizabeth (Secrétaire d'Etat adjointe en charge des Affaires au Proche-Orient et liaison du vice-président avec le nouveau et sinistre "Bureau des Affaires Iraniennes") a écrit dans un édito du Washington Post, le mois dernier, "L'Amérique est confrontée à une menace existentielle. A un moment, quelque part, nous devrons combattre ces terroristes jusqu'à la mort. Nous ne pouvons pas négocier avec eux ou 'résoudre' leur Djihad". L'administration, toujours dirigée par les néocons rassemblés autour de Cheney, a embrassé la rhétorique israélienne consistant à faire des prophéties paranoïaques. Ils ont décidé d'attaquer la République Islamique, pour mettre fin à son existence, pour l'autodéfense d'Israël et de l'Amérique. Pour obtenir le soutien, ils doivent semer la peur et diaboliser l'Iran, en faisant monter la rhétorique semaine après semaine.
La "machine de guerre informationnelle" à laquelle Ivashov fait allusion a déversé la désinformation plus vite que ne peut le digérer le public. Il n'y a aucun doute que les rumeurs, même lorsqu'elles sont plus tard réfutées, peuvent utilement nuire aux réputations et préparer des cibles pour des attaques. Les néoconservateurs Straussiens [2], qui ont fait campagne sans relâche pour imposer leurs Nobles Mensonges au peuple américain sur l'Irak jusqu'à l'attaque de ce pays en mars 2003, se fichent probablement pas mal si les mensonges qu'ils racontent aujourd'hui sur l'Iran sont exposés ci-dessous. Ce qu'ils veulent est un changement de régime, bientôt, et, par conséquent, un casus belli convaincant — ou deux.
Pendant la montée en guerre contre l'Irak, l'accusation principale contre Bagdad (reçue avec scepticisme aux Nations-Unies) était que ce pays possédait des armes de destruction massive menaçant le monde entier, y compris New York City. Le Président Bush, Condoleeza Rice et d'autres responsables de l'administration ont mis en garde que ces ADM pourraient résulter en un nuage atomique au-dessus de New York. Bush et Cheney ont fait savoir à certaines audiences que l'Irak posait une menace particulière à Israël, mais, en général, cette question a été minimisée, probablement parce que l'administration voulait éviter d'être accusée de partir en guerre "pour Israël" par opposition à l'Amérique ou à la "communauté internationale" mythique mais impressionnante.
Cette fois-ci, c'est différent. Bien qu'Israël ait attaqué et détruit en 1981 le réacteur nucléaire irakien construit par les Français, Osirak, (dans une action illégale, puis condamnée par l'administration Reagan et apparemment par tous les gouvernements, mais dans laquelle Cheney et ses néocons y trouvent aujourd'hui une inspiration), et bien que le gouvernement israélien ait accueilli avec enthousiasme l'invasion de l'Irak, il n'a pas fait ouvertement campagne pour la guerre. Mais à présent, il bat fiévreusement tambour pour une guerre américaine contre l'Iran. Et comme Cheney l'a fait ostensiblement remarquer, si les Etats-Unis n'attaquent pas l'Iran, "Israël pourrait le faire sans qu'on lui demande". Il est plus que probable, si cela se produit, que ce sera une collaboration.
Remarquez comment l'accusation contre l'Iran, articulée en Israël, forme le plus gros du dossier de l'administration Bush. Ça se présente à peu près ainsi : L'Iran est un Etat théocratique islamiste radical qui soutient les terroristes, y compris le Hezbollah chiite libanais (qui suit les enseignements de l'Ayatollah Khomeyni) et diverses organisations palestiniennes ; Ce pays est vaste, puissant et hostile à Israël, la seule démocratie au Proche-Orient ; Le régime iranien est antisémite : le Président Ahmadinejad nie l'Holocauste et appelle à ce qu'Israël soit "rayé de la carte" ; L'Iran cache l'existence d'un programme illégal d'armes nucléaires, un programme qui menace l'existence de l'Etat Hébreu ; Par conséquent, il est coupable de "planifier de commettre un génocide" — exactement comme cette incarnation du mal reconnue universellement, l'Allemagne Nazie.
A cette accusation alarmiste, l'usine étasunienne à propagande ajoute des accusations selon lesquelles l'Iran abrite des membres d'al-Qaïda, fournit des composants pour dispositifs explosifs improvisés (DEI) aux "insurgés" en Irak, qui les utilisent pour tuer des Américains, et "se mêle" en général des affaires de l'Irak. (On devrait se demander comment ceux qui occupent un pays, contre la volonté de son peuple, à 10.000 km des côtes américaines, peuvent parler d'un pays voisin qui partage 1.000 km de frontières avec l'Irak, qui partage la même foi religieuse chiite et a connu 3.000 ans d'interaction incessante, peuvent sérieusement se plaindre d'une ingérence iranienne. En particulier lorsqu'ils chérissent leur propre droit d'ingérence dans les affaires de l'Amérique Latine, chaque fois que ça leur plaît). Mais ces accusations futiles ne sont pas en tête de liste. La question principale, comme dans l'affaire irakienne, est celle des ADM et, en particulier, la perspective prochaine d'une attaque nucléaire iranienne sur Israël produisant un second Holocauste.
Du point de vue des néocons (qui ont souvent la double nationalité israélo-américaine), que peut-on faire pour terroriser à nouveau les Américains, comme avec la vision d'un nuage atomique au-dessus de New York ? Quelle image possède la même puissance terrifiante que cette dernière ? Mais, le génocide, bien sûr ! L'extermination consciente et diabolique de tout un peuple - dans ce cas, un peuple considéré par de nombreux Chrétiens évangéliques américains comme étant le Peuple Elu de Dieu, dont la restauration d'un Etat au 20ème siècle augure vraiment la Deuxième Venue du Christ tant désirée. Ce problème de génocide ressemble au problème idéal pour embarquer les Américains dans une attaque massive, probablement nucléaire, contre l'Iran.
En décembre, à la suite de quantités de discussions en Israël sur cette question, l'Ambassadeur sortant des Etats-Unis auprès de l'ONU, John Bolton [3], a appelé la Cour Pénale Internationale de l'ONU à inculper Ahmadinejad pour "incitation au génocide". "Il est temps d'agir", a déclaré Bolton lors d'un symposium de la Conférence des Présidents des Organisations Juives Américaines Majeures. "Nous avons reçu des signes avant-coureurs, sans ambiguïté, sur ce que sont ses intentions". Il n'y avait apparemment aucun doute dans l'esprit de Bolton que l'Iran veut tuer tous les Israéliens. (Pour la petite histoire, Bolton a affirmé avec assurance, dans le passé, que les programmes de recherche pharmaceutiques largement admirés par Cuba sont en fait un paravent pour le développement d'armes biologiques. Le Département d'Etat lui-même, embarrassé et reconnaissant qu'il n'y avait aucune preuve pour cette accusation, a dû le faire taire.)
En décembre dernier aussi, l'ancien Premier ministre israélien et dirigeant du Likoud, Benjamin Netanyahou, a convoqué sept diplomates étrangers en Israël à un meeting pour les presser de se joindre à Israël dans des efforts pour mettre fin au programme nucléaire de l'Iran. Selon un reportage paru dans le quotidien israélien Haaretz, cette rencontre était "le premier événement dans une campagne internationale de relations publiques. Elle comprendra une proposition pour porter plainte contre le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, devant la Cour Pénale Internationale, pour crimes de guerre. Et ses plans pour commettre un génocide y seront présentés".
"Nous devons crier Gevalt, a déclaré Netanyahou. (Gevalt : un mot Yiddish pour exprimer le choc et la consternation.) "En 1938, Hitler n'a pas dit qu'il voulait détruire [les Juifs] ; Ahmadinejad dit clairement que c'est son intention et nous n'élevons même pas la voix. Appelez cela au moins un crime contre l'humanité ! Nous devons faire en sorte que le monde voit que la question ici est un programme pour un génocide".
Mais Netanyahou (à l'instar du Général Tira) est probablement plus concerné par l'opinion publique américaine que par celle du "monde". Il sait que l'Américain moyen qui entend l'accusation officielle israélienne, mal équipé pour mettre en doute ses affirmations diffamatoires, pourrait être vraiment enclin à l'épouser. L'ignorance et la peur sont ici d'excellents alliés et devraient être contrés par quelque présentation rationnelle de faits historiques, le grand ennemi des propagandistes néocons.
La plupart des Américains ne soupçonnent pas, par exemple, que le Hezbollah (qu'Israël a essayé en vain de détruire l'été dernier) est un parti politique populaire au Liban, où il représente la population chiite, et qui est respecté pour les services sociaux efficaces qu'il fournit. Il a émergé comme un mouvement de résistance parmi les Chiites du sud, après l'invasion israélienne de 1982. (Initialement, de nombreux Chiites avaient vraiment accueilli favorablement les Israéliens, puisqu'ils visaient l'OLP à un moment de conflit considérable entre les réfugiés palestiniens et les Libanais. Mais les troupes d'occupation étaient profondément haïes et la résistance s'est organisée.)
La plupart des Américains ne savent pas que lors des dernières élections législatives le Hezbollah et ses alliés ont remporté 27% des sièges totaux. Il avait des ministres au gouvernement libanais avant de les retirer récemment en protestation à la politique du Premier ministre soutenue par les Etats-Unis. Il possède des stations de radio et de télévision. Le Hezbollah est largement crédité d'avoir obligé les Israéliens à se retirer du Liban en 2000 et peut attirer des centaines de milliers, voire un million, de manifestants dans un pays qui compte 3,8 millions d'habitants. Il a élaboré une alliance avec le Général Michel Aoun, un chef militaire chrétien qui a combattu à une époque contre les forces syriennes et qui dirige désormais un parti politique majoritairement chrétien. Netanyahou sait que peu d'Américains pensent à ces choses lorsqu'ils l'entendent décrire le Hezbollah comme étant une "organisation terroriste".
La plupart des Américains ne savent pas grand chose au sujet des organisations palestiniennes que l'Iran soutient en leur fournissant des bureaux, de l'argent ou des armes. Ils ont probablement entendu parler du Hamas, mais ils n'ont aucune idée s'il est basé sur le Chiisme (et ainsi, lié religieusement à l'Iran) ou sur le Sunnisme et moins influencé idéologiquement par l'Iran. (Le Hamas est sunnite). Ils ne réalisent peut-être pas que le Hamas a grandi en opposition à l'OLP [l'Organisation de Libération de la Palestine] (auparavant cataloguée comme une organisation "terroriste" par les Etats-Unis, mais reconnue plus tard par Israël — et financée par les Etats-Unis et d'autres pays — sous la forme de "l'Autorité Palestinienne") et qu'il est largement considéré comme étant plus honnête, plus capable et plus pieux que les politiciens de l'OLP, largement associés à la corruption, à l'inefficacité et à la laïcité. Il est possible qu'ils ne réalisent pas que le Hamas a gagné haut la main les dernières élections palestiniennes, qui ont été honnêtes et ont plutôt bien reflété les sentiments du peuple palestinien [4]. Ils ne sentent peut-être pas la contradiction entre le discours du Président Bush à propos de la "démocratie au Moyen-Orient" et le refus de son gouvernement d'accepter un gouvernement démocratiquement élu en Palestine. Ils ne savent peut-être pas que le Hamas a appelé à un cessez-le-feu avec Israël et l'a maintenu pendant 16 mois jusqu'en juin 2006 (lorsque les obus de l'artillerie israélienne tuèrent sept Palestiniens, dont trois enfants, qui pique-niquaient en famille sur une plage bondée de Gaza) [5]. Et ils ne savent assurément pas grand chose sur les histoires des autres organisations palestiniennes soutenues par l'Iran. Cela fait d'eux, en général, des cibles faciles pour les campagnes de désinformation anti-musulmane.
La plupart des Américains s'abritent derrière les reportages d'information sur la vie palestinienne sous l'occupation israélienne ou dans le vaste camp de prisonnier qu'est Gaza. Ils sont conditionnés à percevoir l'hostilité arabe et musulmane vis-à-vis d'Israël comme étant le reflet de l'antisémitisme et de l'animosité et de l'intolérance religieuses, plutôt que comme une réaction compréhensible à l'expérience historique de déplacement des populations palestiniennes et des abus qu'elles ont subi [6], aux attaques répétées contre le Liban, à la construction continuelle de colonies juives en Cisjordanie occupée, à l'annexion du Plateau du Golan, etc. Ils sont enclins à croire qu'Israël, en tant que "démocratie", est l'allié naturel de l'Amérique au Moyen-Orient, tandis que beaucoup de Chrétiens américains sont convaincus que son existence même est en accomplissement de la prophétie biblique. Netanyahou comprend tout cela, se délectant de l'adulation évangélique en s'étonnant peut-être de leur crédulité.
Les médias américains ont repris jusqu'à plus soif le reportage selon lequel Ahmadinejad a appelé à ce qu'Israël soit rayé de la carte. Cette acceptation terre à terre de la validité de cette citation a été une aide précieuse colossale pour les bellicistes diffamatoires. La déclaration en persan, qui a désormais été analysée et traduite par plusieurs experts occidentaux, ne fait en réalité aucunement référence à une quelconque carte. Ce qu'a dit Ahmadinejad, citant l'Ayatollah Khomeyni (qui est mort en 1989) était que "l'occupation de Jérusalem" sera "effacée de la page de l'histoire".[7] Cette déclaration un peu vague a été faite en langage poétique mais ne se réfère à aucune carte, sans parler d'un génocide. Pourtant Bolton et Netanyahou veulent que nous [les Américains] la lisions comme une intention claire d'Ahmadinejad voulant détruire tous les Juifs ! Ahmadinejad a utilisé cette citation dans un discours qui faisait remarquer que l'invasion soviétique de l'Afghanistan, l'Union Soviétique elle-même, et le régime de Saddam Hussein se sont terminés dans le temps, tandis qu'il maintenait que l'occupation israélienne de l'un des lieux les plus sacrés de l'Islam se terminerait aussi.
Il est vrai que le président iranien a fait des déclarations provocantes mettant en cause la réalité de l'Holocauste.[8] Mais ses pouvoirs politiques sont limités, il ne contrôle pas la politique étrangère et il est confronté à une critique substantielle de la part des autres membres de l'élite iranienne au pouvoir. Mohammed Khatami, le prédécesseur d'Ahmadinejad à la présidence de 1997 à 2005, et qui est toujours un acteur d'influence dans la structure du pouvoir en Iran, a pris ostensiblement ses distances des commentaires d'Ahmadinejad, déclarant à un auditoire arabe que l'Holocauste était "un fait historique". Mais il est aussi un partisan respecté du "dialogue entre les civilisations" qui, lorsqu'il était au pouvoir, cherchait à entretenir de meilleures relations avec les Etats-Unis, seulement pour se faire rembarrer. De toute façon, les Américains n'entendent pas beaucoup de différence entre les dirigeants iraniens : nous sommes encouragés à les voir tous comme menaçants et vils. En février 2003, lorsque l'assistant de Colin Powell, Richard Armitage, a dit de façon très détachée que l'Iran était une "démocratie", les néocons de Cheney lui sont tombés dessus.
Les Américains ne sont pas supposés savoir que l'Iran a des élections âprement disputées, même si tous les candidats à la présidence doivent être approuvés par le Conseil des Gardiens, composé de six juristes élus par le Majlis (le Parlement) et six ecclésiastiques choisis par le Dirigeant Suprême, qui est lui-même élu par un corps parlementaire de 86 personnes. (Fondamentalement, le processus démocratique est entravé par une surveillance religieuse répressive. Mais cela se produit aussi ailleurs. Remarquez que la "démocratie" israélienne est fondée sur l'idée que tout Juif, arrivant de n'importe où en Israël, obtient la citoyenneté [israélienne] et le droit de vote. Les Arabes israéliens ont aussi le droit de vote, mais ils n'existent pas dans la communauté palestinienne exilée, forte de quatre millions de personnes, à laquelle le droit au retour est refusé).
Mais, retournons à la grande question : le programme putatif d'armes nucléaires qui pourrait un jour détruire Israël ! La presse étasunienne se réfère systématiquement au "programme d'armes nucléaires iranien" comme s'il était évident que l'Iran en avaitun. Pendant ce temps, la plupart des Américains ne sait pas que le dirigeant suprême iranien, l'Ayatollah Khamenei, a vraiment émis une fatwa en 2005 contre la production, le stockage ou l'utilisation des armes nucléaires. Si beaucoup savent que l'Iran enrichit l'uranium, ils ne savent probablement pas que tous les pays ont le droit d'enrichir l'uranium et que les pays dépourvus d'un programme nucléaire (à l'instar du Japon, de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Brésil) l'ont enrichi sans que les Etats-Unis ne protestent. En fait, les signataires du Traité de Non-Prolifération ont la garantie de pouvoir le faire, à partir du moment où ils renoncent au développement d'armes nucléaires et qu'ils se soumettent aux inspections de l'AIEA — comme l'Iran l'a fait. (C'est vrai, l'Iran s'est plié à des inspections onusiennes intrusives sans précédent). En attendant, des pays qui n'ont pas signé le traité (comme l'Inde, le Pakistan et Israël, non-signataires et qui possèdent des armes nucléaires) ne sont pas liés du tout à ses conditions ! Les Américains pourraient demander : Pourquoi ces pays bénéficient-ils de relations aussi étroites avec les Etats-Unis en dépit de leur mépris pour le régime de la non-prolifération que les Etats-Unis exigent que l'Iran respecte ? (La Corée du Nord était signataire mais s'est retirée du Traité en 2003 devant l'hostilité incessante des Etats-Unis et ont testé une arme nucléaire en 2006).
La plupart des Américains ne savent probablement pas que Mohamed El-Baradei, Prix Nobel de la Paix et chef de l'Agence Internationale à l'Energie Atomique — un homme qui comprend la science — ne cesse de dire qu'il n'y a aucune preuve que le programme d'enrichissement de l'Iran soit lié à un programme militaire. C'est vrai qu'après une rencontre avec Condoleeza Rice en mars 2006 (dans laquelle elle a accepté de lever les efforts étasuniens de le renvoyer de la tête de l'AIEA), il a déclaré que l'AIEA "n'était pas à ce stade en position de conclure qu'il n'y a aucuns matériaux ou activités nucléaires non-déclarés en Iran". L'administration Bush a utilisé cette déclaration alambiquée à la double négation, ainsi que la déclaration de septembre 2005 de l'AIEA sur l'Iran, pour justifier ses préparatifs de guerre.
Selon leur déclaration, "les nombreuses violations" de l'Iran et "ses nombreux manquements à se conformer au Protocole Additionnel du TNP [volontairement signé par l'Iran en 2003] constitue une non conformité" avec le Traité de Non-Prolifération, tandis que "le passé de dissimulation des activités nucléaires de l'Iran" et "l'absence de confiance qui en résulte, que le programme nucléaire de l'Iran est exclusivement destiné à des objectifs pacifiques, ont soulevé des questions qui relèvent de la compétence du Conseil de Sécurité". La plupart des Américains ne réalisent pas que cette déclaration a été rejetée par 13 des 35 pays habilités à se prononcer (dont la Russie, la Chine, le Pakistan, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, le Venezuela et l'Afrique du Sud) mais soutenue par les représentants des pays de l'OTAN, qui ont voté en bloc. (Ceci a été utilisé pour produire la Résolution 1737 du CSONU qui, ayant affirmé le droit des signataires du TNP "de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire pour des objectifs pacifiques sans discrimination", a "décidé" de façon contradictoire que "l'Iran doit suspendre sans plus attendre toutes ses activités liées à l'enrichissement [d'uranium] et au retraitement").
Trompés par des politiciens (dont Hillary Clinton, l'héroïne de l'AIPAC) et mal servis par les grands médias d'information, de nombreux Américains pourraient simplement avaler l'accusation selon laquelle l'Iran est en train de planifier un génocide, en alliance avec le Hezbollah et le Hamas. Certains pourraient croire qu'un Iran nucléaire menacerait d'une manière ou d'une autre la patrie [américaine], peut-être en partageant les armes nucléaires avec des groupes terroristes. Plus nombreux sont ceux qui pourraient croire que l'Iran développe au minimum des armes nucléaires, suivant le raisonnement de Dick Cheney selon lequel l'Iran, avec tout son pétrole, ne peut que poursuivre un programme nucléaire avec des armes en tête. (Il se pourrait qu'ils ne sachent pas que dans les années 70, les administrations et les grandes entreprises américaines, comme General Electric, encourageaient l'Iran à développer un programme nucléaire pacifique ! Mais c'est lorsque l'Iran était dirigé par le Shah, un client des Etats-Unis, renversé en 1979 dans le soulèvement véritablement révolutionnaire qui s'est le plus basé sur les masses, dans l'histoire moderne des pays islamiques).
Mais il n'y a, en fait, aucune raison de supposer que l'Iran prévoie d'attaquer quelque pays que ce soit. Pour la petite histoire, il ne l'a pas fait à l'époque moderne, bien qu'il ait été lui-même attaqué, de 1980 à 1988, par l'Irak (soutenu par les Etats-Unis). La fois où l'Iran a été le plus proche d'envahir un pays voisin s'est produit en 1998, lorsque à la suite de la tuerie de sept diplomates iraniens en Afghanistan, Téhéran a mobilisé contre le régime Taliban. (En 2001 il a coopéré avec Washington pour renverser ce régime et pour le remplacer par un pouvoir enraciné dans les forces de l'Alliance du Nord).
En août 2006, Ahmadinejad a déclaré que l'Iran n'était une menace pour aucun pays, "pas même pour le régime sioniste". Récemment, le Président français Jacques Chirac a reconnu, dans un moment d'inattention honnête, que même si l'Iran possédait quelques armes nucléaires il ne serait toujours "pas bien dangereux". Il est ridicule de décrire le régime iranien comme une menace aux Etats-Unis, qui a la moitié du budget militaire total de la planète, des troupes basées dans 120 pays et des bases en Afghanistan et en Irak qui entourent (et menacent) l'Iran. En tant qu'ancien chef d'état-major du Secrétaire d'Etat Colin Powell, Lawrence Wilkerson a révélé que le Département d'Etat a reçu une proposition iranienne, mi-2003, de mettre fin à leur soutien aux groupes militants palestiniens, de coopérer avec les Etats-Unis pour stabiliser l'Irak et régler la dispute israélo-arabe et de rendre son programme nucléaire plus transparent. En échange, l'Iran a demandé que les Etats-Unis cessent de soutenir le groupe iranien Moudjahidin Kalk, basé en Irak, la suppression des sanctions économiques et la fin des hostilités américaines. Favorablement accueillie par Powell, cette ouverture a été rejetée de façon méprisante par le bureau de Cheney — un grand nombre d'ouvertures de la part de l'Irak et de la Syrie ont été auparavant sommairement rejetées par officiels qui déclaraient : "Nous ne négocions pas avec le Mal, nous le vainquons".
N'est-il pas évident qu'une attaque de l'Iran, quelle qu'elle soit, contre Israël ou les Etats-Unis résulterait en des conséquences inacceptables pour la République Islamique ? N'est-il pas évident que l'accusation de génocide portée par Netanyahou, qui aime dramatiser, fait partie d'une campagne générale de propagande dont l'intention est de paver la route à une attaque non provoquée contre une nation souveraine ? En Israël même, censé être marqué par l'anéantissement, la menace putative iranienne est amplifiée par certains, minimisée par d'autres. Ephraïm Halevy, l'ancien chef du Mossad, la redoutable agence d'espionnage, a récemment réfuté la notion selon laquelle l'Iran pose "une menace existentielle à Israël".
"Aujourd'hui, Israël est indestructible", a-t-il déclaré. "Il n'est pas si simple de penser que vous avez un dispositif entre les mains et que vous pourrez le lancer sur un site particulier et rayer une nation de la carte. Israël a eu connaissance de cette menace [de la part de l'Iran] pendant plus de 15 ans et a observé cette menace grandir. Vous devez supposer qu'Israël n'est pas resté sans rien faire... ou [à attendre] que quelqu'un d'autre fasse le boulot". L'Iran peut-il détruire Israël ? "Je ne pense pas que cela soit faisable en des conditions purement opérationnelles".
Alors, appréciez ce que Haaretz a appelé la "campagne internationale de relations publiques", la "machine de guerre informationnelle" qui commence à chauffer. Attendez-vous à ce que l'on vous dise de plus en plus dans les semaines à venir que l'Iran n'est pas seulement en train de tuer des soldats américains en Irak, mais qu'il menace notreexistence même. Imaginez les "Nobles Mensonges" les plus énormes hurlant sur vos écrans de télé pendant des semaines. Les dirigeants fanatiques de l'Iran, nous dira-t-on, veulent un califat s'étendant de l'Espagne à l'Indonésie. Ils veulent voir des champignons atomiques au-dessus de New York. Ils veulent un génocide — c'est la vérité, ils sont déjà en train de planifier le génocide. Et ainsi (comme Bush et Hillary le déclarent tous deux) "rien n'est écarté" lorsqu'il s'agit de "s'occuper" de la République Islamique. Gevalt ! s'écrie Netanyahou. "Gevalt!" devrait-on répondre aux va-t-en guerre et demander : Comment ces artistes éhontés de la désinformation ont-ils pu tromper autant de gens avec cette "menace" iranienne ?
Comment une administration discréditée nous a-t-elle amené si près d'un autre crime contre la paix, tel que défini par les Principes de Nuremberg et la Charte des Nations-Unies ?
Comment le lobby pour attaquer l'Iran a-t-il acquis un tel poids politique dans ce pays ?
Comment des manipulateurs politiques astucieux ont-ils même été capables, dans un forum respectable, de lié l'opposition au massacre d'Iraniens à l'antisémitisme ?
Comment les attaques du 11/9 de triste mémoire ont-elles propulsé ce pays dans une telle ère de folie ?
Comment les Démocrates, qui ont remporté une victoire écrasante dans une vague de révulsion anti-guerre, peuvent-ils ne pas prendre position ou assister activement les plans de l'administration d'utiliser ses propres armes nucléaires (bien réelles) contre l'Iran ?
Gevalt, vraiment !
Ivashov doute que "les protestations du monde puissent stopper les Etats-Unis" et suggère que "les revenus du complexe militaro-industriel [des Etats-Unis] est ce qui "importe aux Américains". Je ne peux qu'espérer que l'on prouvera qu'il a tort, en nous mobilisant pour mettre fin à la guerre en Irak, pour faire partir les criminels de guerre qui sont au pouvoir et pour stopper les attaques contre l'Iran et la Syrie avant qu'elles ne commencent.
Gary Leupp est professeur d'histoire à la Tufts University et Professeur-adjoint de Religion Comparée
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par [JFG/QuestionsCritiques]
Notes
__________________
[1] Voir : Le Procès de l'AIPAC et Youssef M. Ibrahim : Les néoconservateurs, Part II
[2] Voir : Le Roi George, par Uri Avneri et Leo Strauss : l'idéologie fasciste des faucons
[3] Voir : L'Horrible John Bolton, par Jean-François Goulon
[4] Lire : La Victoire du Hamas est Bonne pour Tous et La colonisation de la Palestine empêche la paix, par Jimmy Carter
[5] Lire :Lorsque les Tueries ne Comptent Pas
[6] Lire : Al-Nakba : La Catastrophe Palestinienne, Hier et Aujourd'hui
[7] Jonathan Steele, "Perdu dans la traduction", The Guardian, 14 juin 2006
[8] On lira avec intérêt le discours d'Ahmadinejad prononcé devant la 61ème AG des Nations-Unies le 19 septembre 2006. Ce discours a été boycotté part la communauté internationale...
liens
http://questionscritiques.free.fr/edito/CP/Gary_Leupp/
Conflit_existentiel_Israel_Iran_080207.htm
Libellés : Bush, Génocide, Irak, Iran, Israel, nucléaire, palestine, terrorisme, USA
mardi, janvier 16, 2007
Le régime irakien prêt à céder les réserves pétrolières aux géants américains de l’énergie
Par Jerry White12 janvier 2007
Tandis que l’administration Bush se prépare à intensifier la violence militaire contre le peuple irakien, le régime de Bagdad mis en place par les Américains est prêt à approuver une nouvelle loi sur les hydrocarbures qui donnera une mainmise sans précédent des vastes réserves de pétrole du pays aux conglomérats énergétiques américains et britanniques. Cette nouvelle loi, dont les termes sont détaillés par le journal britannique The Independent du 7 janvier, ridiculise toute prétention de souveraineté irakienne et souligne que l’objectif réel de l’entreprise sanglante de l’impérialisme américain est de coloniser le pays et de s’emparer de quelques-unes des plus importantes réserves de pétrole non exploitées qui restent dans le monde.
Le texte de cette nouvelle loi, qui sera approuvée selon toute attente par le parlement irakien dans les jours qui viennent et mise en place dès le mois de mars, a été rédigé par une entreprise américaine d’experts-conseils employée par l’administration Bush et a été présentée aux principales compagnies pétrolières ainsi qu’au Fonds monétaire international pendant l’été. En décembre, bon nombre, sinon la majorité, des députés irakiens n’avaient toujours pas vu cette législation.
The Independent, qui s’est procuré une version de la loi, divulguée par fuite, rapportait dimanche : « On s’attend à ce que le conseil des ministres approuve, dès aujourd’hui, une nouvelle loi controversée sur les hydrocarbures, fortement appuyée par les gouvernements américain et britannique qui va radicalement remodeler l’industrie pétrolière irakienne et ouvrir la voie à la troisième plus importante réserve pétrolière du monde. Cette loi permettrait la première opération de grande envergure de compagnies pétrolières étrangères dans le pays depuis la nationalisation de l’industrie en 1972. » Le journal a ajouté que la nouvelle loi « marquerait un écart par rapport à la norme concernant les pays en voie de développement » et serait la première en son genre pour tout producteur de pétrole important du Moyen-Orient, où l’Arabie saoudite et l’Iran, premier et second plus importants producteurs mondiaux, « contrôlent tous deux étroitement leur industrie au moyen de compagnies nationalisées sans collaboration étrangère notable », comme c’est le cas pour la plupart des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
L’aspect juridique le plus significatif de cette législation en instance est l’introduction de ce qu’on appelle des accords de partage de production (APP) où l’Etat garde la propriété des réserves de pétrole mais déverse des milliards aux compagnies pétrolières étrangères pour les dédommager de leur investissement dans l’infrastructure et le fonctionnement des forages, pipelines et raffineries.
D’après l’avant-projet de loi, les APP en Irak seraient arrêtés pour une durée de 30 ans ou plus, permettant ainsi aux compagnies pétrolières étrangères de conserver des arrangements favorables quelles que soient les mesures prises par un prochain gouvernement pour réguler les profits, les taux d’imposition ou les niveaux de production. Une disposition d’un avant- projet antérieur de la nouvelle loi, dont on ne sait si elle sera retenue dans la dernière version, insiste sur le fait que tout conflit avec une compagnie étrangère doit en dernière instance être réglé par arbitrage international et non irakien.
Les conditions accordées par la garantie de la nouvelle loi assureront des bénéfices massifs à ExxonMobil, Chevron, BP et autres conglomérats énergétiques. Tandis qu’elles recouvrent les coûts de leurs investissements initiaux pour développer un champ pétrolifère, les compagnies étrangères pourront conserver 60 à 70 pour cent du revenu du pétrole. Après avoir récupéré leurs dépenses initiales, les compagnies peuvent empocher jusque 20 pour cent des bénéfices.
Par contraste, la compagnie française Total avait signé un accord avec Saddam Hussein avant la seconde guerre en Irak pour développer un immense champ qui aurait permis à la compagnie de ne conserver que 40 pour cent des bénéfices tandis qu’elle recouvrait ses frais et 10 pour cent par la suite, d’après le Dr Muhammed-Ali Zainy, économiste haut placé du Centre for Global Energy Studies (Centre d’études de l’énergie mondiale.)
Des experts en énergie disent que les conditions qui sont sur le point d’être acceptées par le gouvernement irakien ne peuvent être comparées qu’aux accords de partage de production signés par la Russie avec Shell dans les années 90, suite à la liquidation de l’URSS et à la « thérapie de choc » économique qui avait accompagné le démantèlement de l’économie nationalisée.
Dans la première moitié du vingtième siècle, sous le système des accords de concession, les compagnies pétrolières étrangères avaient le contrôle du pétrole sous terre dans leurs colonies et payaient une redevance symbolique aux soi-disant gouvernements nationaux. Devant l’insurrection anticoloniale de l’après Seconde Guerre mondiale, les compagnies multinationales énergétiques commencèrent à promouvoir le système d’accords de partage de production en opposition au mouvement grandissant de nationalisations de l’industrie pétrolière au Moyen-Orient et ailleurs. Introduits d’abord en Indonésie suite au renversement, soutenu par les Etats-Unis, du régime nationaliste de Sukarno en 1965, de tels arrangements permettaient aux compagnies étrangères d’extraire du pétrole et des bénéfices massifs tout en maintenant un semblant de souveraineté nationale.
D’après les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, les APP ne sont utilisés que pour 12 pour cent des réserves mondiales de pétrole, dans des pays où les perspectives d’exploration sont incertaines et où les coûts de production sont élevés. Ce n’est nullement le cas en Irak où le coût d’extraction du pétrole par baril est parmi les plus bas au monde du fait que les réserves sont relativement proches de la surface et que de nombreux champs ont déjà été découverts mais pas développés du fait des années de guerre et de sanctions économiques. La plupart des gigantesques champs pétrolifères d’Irak sont déjà localisés et tracés sur la carte et il n’y a donc aucun risque et coût d’exploration, contrairement à ceux de la Mer du Nord, de l’Amazone ou des sables goudronneux du Canada, où d’énormes investissements sont nécessaires.
L’accord signé par le régime de Bagdad soutenu par les Etats-Unis revient au système de concessions qui existait quand l’Irak était sous contrôle britannique.The Independent remarque, « Dans le chapitre intitulé “Régime fiscal”, l’avant-projet de loi dit clairement que les compagnies étrangères n’ont aucune restriction pour sortir leurs bénéfices hors du pays et ne sont soumises à aucun impôt si elles le font. » Le projet de loi déclare « une personne étrangère peut rapatrier ses procédures d’exportation [en accord avec les régulations de change en vigueur à ce moment] ». Les parts dans les projets pétroliers peuvent aussi être vendues à d’autres compagnies étrangères : « On peut librement transférer des parts appartenant à des partenaires non Irakiens. »
Une guerre pour le pétrole
L’Irak possède 115 milliards de barils de réserves de pétrole connues, soit dix pour cent du total mondial, et on estime qu’une industrie fonctionnant à pleine capacité pourrait générer 100 milliards de dollars de revenus annuels. Les ressources les plus importantes sont celles des champs du Majnoon et de Qurna Occidental, à proximité de Basra au sud du pays, qui contiennent près du quart des réserves établies d’Irak. En plus de cela, on estime que l’Irak possède entre 100 et 200 milliards de barils de réserves possibles, y compris dans le désert occidental.
Ces vastes réserves inexploitées de pétrole facile à atteindre et à bas prix, sans parler du gaz naturel, sont depuis longtemps une cible essentielle des conglomérats énergétiques américains et britanniques, notamment parce que la découverte de nouveaux gisements de pétrole ailleurs ralentit de façon draconienne et que les réserves existantes diminuent. Avec l’augmentation de la demande, particulièrement de la part des pays en rapide voie de développement tels la Chine et l’Inde, le contrôle du pétrole du Moyen-Orient, et tout particulièrement des vastes réserves d’Irak, est devenu un objectif géostratégique vital pour l’impérialisme américain.
Dès le milieu des années 90, l’inquiétude grandissait à l’idée que le développement des sanctions imposées par les Nations-Unies après la première guerre du Golfe permettrait à Saddam Hussein d’établir des accords lucratifs avec la France, la Russie la Chine et d’autres compagnies pétrolières, qui excluraient les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et réaligneraient l’industrie énergétique mondiale. L’écrivain politique Kevin Phillips fit remarquer dans son livre Théocratie américaine : le péril et la politique de la religion radicale, du pétrole et de l’argent emprunté au 21e siècle, « Tant que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pouvaient maintenir en place ces sanctions, en utilisant des allégations sur des armes de destruction massive, Saddam ne pouvait pas mettre en application son propre plan d’expansion à grande échelle des concessions pétrolières (estimées à 1,1 million de milliards) à leurs rivaux économiques en Europe et en Asie. »
Des mois après l’invasion américaine de l’Irak, et après une longue bataille juridique avec la Maison-Blanche, il a été révélé que le contrôle des champs pétrolifères d’Irak était une des principales questions discutées lors de la réunion «Energy Task Force» du vice-président Dick Cheney avec des cadres de l’industrie pétrolière en 2001. Parmi les objets publiés par injonction de la cour, il y avait des cartes des champs pétrolifères, des pipelines et des raffineries d’Irak, ainsi qu’une liste des « étrangers à la recherche de contrats pour champs pétrolifères irakiens », citant plus de 60 entreprises de 30 pays, plus particulièrement de France, Russie et Chine, qui avaient des projets soit déjà acceptés, soit en cours de discussion avec Bagdad. Le géant français Total, par exemple, devait obtenir le champ pétrolifère Majnoon à 25 milliards de barils, tandis que Lukoil de Russie avait un contrat pour développer les champs pétrolifères du Qurna Occidental.
L’article de The Independent sur la nouvelle loi sur les hydrocarbures fait remarquer qu’il est peu probable que ces contrats soient considérés valides par le gouvernement irakien et que « ExxonMobil est à présent considéré par les initiés comme le favori pour accaparer les droits sur le champ Majnoon ».
Les agissements du régime fantoche de Bagdad ont confirmé le fait, soupçonné par des millions de personnes de par le monde, qu’un pays tout entier a été détruit et des centaines de milliers de gens tués dans une guerre pour le pétrole et les profits.
(Article original anglais publié le 11 janvier 2006)
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http://www.wsws.org/francais/News/2007/
janvier07/120107_petrole.shtml
Irak : une offensive américaine sur Bagdad lance l’intensification des meurtres et de la répression, par James Cogan.
WSWS, 13 janvier 2007.
L’intensification de la guerre esquissée par le président américain George W. Bush mercredi soir est déjà bien enclenchée. Depuis samedi dernier, le gouvernement irakien et les forces américaines ont entrepris une opération pour déloger les combattants de la résistance anti-occupation de la rue Haifa, une des grandes artères au cœur de Bagdad qui longe la rive ouest du fleuve Tigre et amène à la « zone verte », la région où on trouve l’ambassade américaine et les bureaux du gouvernement irakien.
Une offensive violente a eu lieu mardi sur cette rue. Ce qui a suivi a rendu clair que l’augmentation du nombre des soldats américains et irakiens dans Bagdad est une préparation pour des meurtres et une répression de masse.
Haifa est un quartier qui est surtout habité par des Arabes sunnites et la rue elle-même est bordée de tours à bureaux et des appartements et des maisons des anciens fonctionnaires et officiers de l’armée du régime baasiste de Saddam Hussein, privés de leurs emplois et de leur position sociale depuis l’invasion américaine. Les rues adjacentes, plus pauvres et habitées en grande partie par la classe ouvrière ont été décrites par les soldats américains comme un « labyrinthe » de ruelles tortueuses et de maisons s’écroulant et comme « l’endroit parfait pour les insurgés devant se cacher ».
Depuis que la résistance à l’occupation américaine a crû en 2003, ce quartier est réputé être un des plus dangereux de Bagdad. Alors que des raids fréquents ont eu lieu et que des centaines de résidants ont été tués ou détenus, l’armée américaine n’a pas réussi à ce jour à soumettre la population par la terreur. Aussitôt que les forces américaines se sont retirées du quartier, des cellules de guérillas se sont formées de nouveau et ont repris l’insurrection.
L’opération actuelle de la rue Haifa, en ligne avec le but plus large de l’augmentation du nombre des soldats de Bush, vise à utiliser une force disproportionnée pour finalement arriver à supprimer l’opposition. Après trois jours de recherches par des forces irakiennes mal équipées - et qui semblent avoir été utilisées comme chair à canon pour déterminer la position des insurgés - les soldats américains dans des véhicules blindés Stryker, appuyés par des avions militaires F-18 et des hélicoptères armés Apache, ont pris la tête de l’offensive tôt le matin.
Quelque mille soldats ont été mobilisés pour sécuriser moins de deux kilomètres de l’artère. La résistance a commencé immédiatement après que les forces gouvernementales se sont emparées du square Tala’a à l’extrémité nord de la rue Haifa et de là se sont dirigées vers le sud, entrant de force dans les maisons et les bureaux des deux côtés de la rue, soi-disant à la recherche d’insurgés. Dès 6h30 le matin, des combattants irakiens équipés seulement d’armes légères, de grenades-fusées et de mortiers.
Les tactiques utilisées par les commandants américains contre la résistance irakienne offrent un aperçu de ce qui aura lieu à une vaste échelle lorsque les forces américaines mettront en œuvre le plan de Bush. Les soldats américains n’ont fait aucune tentative de prendre les bâtiments desquels on leur tirait dessus. Plutôt - et ce, dans une zone urbaine où les civils n’ont reçu aucun avertissement qu’un assaut se préparait - des hélicoptères armés et des Strykers ont tiré sur les maisons et les bureaux avec de l’artillerie lourde alors que les positions alléguées des insurgés étaient réduites en cendre par des missiles Hellcat tirés des airs ou par des missiles antitank et des grenades lancés du sol.
Les toits des immeubles où l’on croyait que des tireurs étaient embusqués ont été mitraillés par des avions de combat F-15 et F-18, volant au-dessus de la capitale jusqu’au début de l’après-midi, alors que les troupes américaines et irakiennes allaient de maison en maison sur 1,6 kilomètre de la rue Haifa. Les avions américains ont directement fait feu sur une mosquée et sur un ancien cimetière, alléguant que des insurgés s’y cachaient.
Il n’y a pas eu de morts ou de blessés graves du côté des forces des États-Unis et du gouvernement irakien. Au moins 50 insurgés auraient été tués et 21 autres capturés. Selon les officiels, aucun civil irakien n’aurait été tué par le barrage de balles et d’explosions. Aucune confirmation indépendante n’est venue corroborer cette affirmation. S’adressant à l’agence Reuters, un homme irakien a déclaré qu’un grand nombre de corps apportés à la mosquée étaient des « civils innocents ». La majorité des guérilléros se sont probablement fondus dans la population ou réfugiés à d’autres endroits de la ville.
À la suite de l’attaque, des positions militaires ont été établies dans le quartier Haïfa, provoquant ainsi les guérillas afin qu’elles attaquent les forces d’occupation et révèlent ainsi leur position. Les soldats du gouvernement irakien servent dans ce cas d’appât. Ils sont envoyés en patrouilles et en missions de recherche, alors que les forces américaines attendent pour réagir à la moindre attaque avec une puissance de feu massive.
À Ramadi, la capitale de la province irakienne occidentale d’Anbar, des commandants de la marine avaient adopté cette stratégie l’an dernier. Cela avait fait des marines et de leurs collaborateurs irakiens des cibles perpétuelles. Plus du tiers des pertes américaines se sont produites dans cette province. Les combats font maintenant partie d’une violente guerre d’attrition urbaine, et les soldats américains répliquent de manière brutale. Un grand nombre de bâtiments entourant les positions des marines à travers la ville sont en ruines.
Toutefois, de telles tactiques sont en accord avec le manuel de contre-insurrection du général Davis Petraeus, l’officier nommé par Bush ce mois-ci pour être les nouveau chef des forces américaines en Irak qui dirigera le « déferlement ». Petraeus soutient qu’il faut installer des troupes américaines dans des bases situées directement dans les forteresses de l’insurrection et convertir ces zones en ce qu’ont déjà baptisé les tacticiens des États-Unis de « ghettos ».
Un représentant de l’armée a déclaré mercredi au Los Angeles Times : « On pourrait créer des ghettos parce que la population les veut, parce que la population veut se sentir en sécurité. On pourrait aussi les créer pour contrôler la population et ses déplacements et rendre les opérations des insurgés plus difficiles. C’est la théorie derrière tout cela. » En Irak, où la très grande majorité de la population souhaite voir sortir les forces américaines du pays, le véritable objectif en est un de contrôle.
En élaborant le plan des « ghettos », Petraeus et son personnel se sont inspirés de tactiques qui ont été utilisées durant d’autres brutales guerres coloniales, comme la contre-insurrection française en Algérie, l’occupation britannique de l’Irlande du Nord et la politique américaine de « hameaux stratégiques » au Viêt-Nam.
En fait, des zones entières de Bagdad et d’autres villes irakiennes seront transformées en camps de concentration. La communauté locale devra endurer une répression militaire constante. Tous les points d’entrées de la zone seront bloqués par des barricades ou des postes de contrôle, on assignera des cartes d’identité aux résidents, leurs déplacements seront limités et leurs résidences soumises à des fouilles régulières pour empêcher les guérilleros de s’établir à nouveau dans la zone.
Il ne fait aucun doute que durant les prochains mois, la politique de la mission de Petraeus sera étendue aux zones chiites à majorité ouvrière de la banlieue de Sadr City, qui a une population de plus de deux millions de personnes. Dans un effort désespéré et insouciant pour subjuguer l’Irak, l’administration Bush a clairement indiqué qu’elle souhaitait anéantir le mouvement politique dirigé par l’imam Moqtada al-Sadr et son importante milice qu’est l’Armée du Mahdi.
L’administration Bush et l’armée américaine accusent l’Armée du Mahdi d’être le principal protagoniste chiite dans la meurtrière violence sectaire qui se déroule entre les extrémistes sunnites et chiites et rivaux. Toutefois, la principale préoccupation de Washington est que le mouvement sadriste, la plus grande faction chiite du parlement irakien, se bâtisse un appui massif en s’opposant à la perspective américaine de contrôle néocolonial à long terme sur l’Irak. Bien qu’il n’a pas appelé à la résistance armée contre l’occupation américaine depuis deux soulèvements chiites qu’il avait dirigés en 2004, le mouvement sadriste s’est maintenant retiré du gouvernement pour protester contre la rencontre du premier ministre Nouri al-Maliki avec Bush en novembre dernier en Jordanie.
Sadr insiste pour un échéancier pour le retrait des troupes américaines, s’oppose à toute ouverture de l’industrie pétrolière aux compagnies étrangères et appelle pour l’adoption de mesures améliorant les conditions de vie horribles du peuple irakien. Il est prévu que les sadristes gagneraient un vote substantiel si des élections étaient tenues dans les régions chiites du pays. Alors que l’administration Bush intensifie ses provocations contre le régime chiite de l’Iran, l’armée du Mahdi est également considérée comme une menace considérable et grandissante dans les cercles militaires américains. La milice est constituée de 60 000 combattants et contrôle effectivement des unités entières des forces de sécurité irakienne. Sadr s’est engagé à lutter pour défendre l’Iran si elle était attaquée par Israël ou les Etats-unis.
La prétention que l’actuel plan militaire est le résultat du travail du gouvernement irakien est démentie par le fait que Maliki, préoccupé par la réaction de sa base politique chiite, a, de façon répétée, rejeté la demande de Washington qu’il sanctionne une attaque contre l’armée du Mahdi dans Sadr City. En fait, en novembre dernier il a proposé un retrait complet des troupes américaines de Bagdad pour laisser la sécurité entre les mains de l’armée et de la police dominée par les chiites.
Maintenant, face au boycott sadriste et la menace ouverte des Etats-Unis que son gouvernement est « sous surveillance », Maliki a apparemment accepté les demandes américaines. Bush a déclaré mercredi soir que le premier ministre de l’Irak a promis que l’armée américaine aura « le feu vert » pour entrer dans les quartiers qui abritent « ceux qui entretiennent la violence sectaire ».
En réponse aux questions du Washington Post à savoir si Maliki avait explicitement sanctionné les opérations contre Sadr, un administrateur officiel senior déclarait lors d’un briefing aux journalistes : « Sans entrer dans les détails des conversations présidentielles, tout le monde comprend qu’il faut régler le cas de l’armée du Mahdi et de Sadr. » « Maliki, a continué cet officiel, a dit que le commandant sera libre de poursuivre ceux qui agissent hors la loi où qu’ils se trouvent dans Bagdad... Ce qui inclurait Sadr City. »
Un assaut contre les sadristes sera inévitablement un des épisodes les plus sanglants de la guerre en Irak, qui coûtera la vie d’un grand nombre d’Américains et causera la mort de milliers d’Irakiens supplémentaire. Combattre l’armée du Mahdi, notait le Washington Post hier, pourrait mener à des « mois de combats de rue ». Craignant de voir des unités de l’armée composées de chiites refuser d’attaquer Sadr City et même de les voir retourner leurs armes contre les forces américaines, les États-unis ont insisté pour que deux unités des brigades armées irakiennes composées de miliciens kurdes, soient déployées dans la capitale pour prendre part aux opérations dans les zones chiites. Ce qui soulève la perspective d’un conflit entre Kurdes et chiites en plus de la violence sectaire sunnite contre chiite qui a déjà coûté la vie à des milliers de personnes chaque mois.
De plus, il y a peu d’indication que l’administration Bush a sérieusement considéré la possibilité qu’une attaque contre Moqtada al-Sadr pourrait déclencher une insurrection anti-américaine à travers tout le sud de l’Irak. Les préparations en vue du conflit se poursuivent cependant. Des troupes américaines ont pris d’assaut une résidence dans Sadr City dans la nuit et aurait commencé plus tôt cette semaine à ériger des barrages routiers et des points de surveillance routiers à des points d’entrées stratégiques du quartier. Les scènes sanglantes de cette semaine dans les rues d’Haifa et le bombardement aérien d’un quartier urbain densément peuplé sont maintenant voués à se perpétuer à travers la capitale.
James Cogan
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http://www.wsws.org/francais/News/2007/janvier07/
130107_bagdad.shtml
vendredi, janvier 12, 2007
Saddam Hussein : Un dictateur créé puis détruit par l'Amérique
Par Robert Fisk
publié dans The Independent, le 30 décembre 2006
article original : "A dictator created then destroyed by America"
Saddam à la potence. Facile à dire ! Qui d'autre pourrait mériter le plus cette dernière marche vers l'échafaud — ce cou qui se rompt au bout de la corde — que la Brute de Bagdad, le Hitler du Tigre, l'homme qui a assassiné des centaines de milliers d'Irakiens innocents tout en répandant des armes chimiques sur ses ennemis ? Dans quelques heures, nos maîtres nous diront que c'est un "grand jour" pour les Irakiens et ils espèreront que le monde musulman oubliera que cette sentence de mort a été signée — par le "gouvernement" irakien, mais pour le compte des Américains — la veille exacte de l'Aïd el-Kebir, la Fête du Sacrifice, le moment du plus grand pardon dans le monde arabe.
Mais l'histoire retiendra que les Arabes et autres Musulmans et, vraiment, des millions et des millions de personnes en Occident, poseront une autre question ce week-end, une question que les autres journaux occidentaux ne poseront pas, parce que ce n'est pas le récit qui nous a été concocté par nos présidents et premiers ministres — sans parler des autres coupables !
Non, Tony Blair n'est pas Saddam. Nous ne gazons pas nos ennemis. George W. Bush n'est pas Saddam. Il n'a pas envahi l'Iran ou le Koweït. Il a seulement envahi l'Irak. Mais des centaines de milliers de civils irakiens sont morts — et des milliers de soldats occidentaux sont morts — parce que MM. Bush et Blair et le Premier ministre espagnol et le Premier ministre italien et le Premier ministre australien sont partis en guerre en 2003 sur un monceau de bobards et de mensonges et, vu les armes que nous avons utilisées, dans une très grande brutalité.
Dans le sillage des crimes internationaux contre l'humanité de 2001, nous avons torturé, nous avons assassiné, nous avons brutalisé et tué des innocents — nous avons même ajouté notre propre honte à Abou Ghraib à celle de Saddam — et, pourtant, nous sommes censés oublier ces crimes terribles tandis que nous applaudissons au corps du dictateur que nous avons créé et qui se balance à son gibet.
Qui a encouragé Saddam à envahir l'Iran en 1980 ? Ce fut son plus grand crime de guerre puisque cela conduisit à la mort d'un million et demi d'êtres humains. Et qui lui a vendu les composants pour fabriquer les armes chimiques avec lesquelles il a aspergé l'Iran et les Kurdes ? C'est nous. Il ne faut pas s'étonner que les Américains, qui contrôlaient l'étrange procès de Saddam, en ont interdit toute mention, de son obscénité la plus atroce, dans les accusations retenues contre lui. N'aurait-il pu être remis aux Iraniens pour être condamné pour son crime de guerre massif ? Bien sûr que non ! Parce que cela aurait aussi exposé notre propre culpabilité.
Et les tueries de masse que nous avons perpétrées en 2003 avec nos obus à l'uranium appauvri et nos bombes "anti-bunkers" et notre phosphore ? Et les sièges meurtriers post-invasion de Falloujah et de Nadjaf, ainsi que le désastre infernal de l'anarchie que nous avons libérée sur la population irakienne à la suite de notre "victoire" — notre "mission accomplie" — qui sera reconnu coupable de cela ? Une telle expiation arrivera, comme l'on peut s'y attendre, sans aucun doute, dans les mémoires intéressées de Blair et de Bush, écrites dans leur riche et confortable retraite.
Des heures avant la condamnation à mort de Saddam, sa famille — sa première femme, Sajida, la fille de Saddam et d'autres parents — avait renoncé à tout espoir.
"Tout ce qui pouvait être fait a été fait — nous ne pouvons qu'attendre que le temps fasse son œuvre", a dit l'un d'eux la nuit dernière. Mais Saddam savait et il avait déjà annoncé son propre "martyre" : il était encore le président de l'Irak et il mourrait pour l'Irak.[1] Tous les condamnés se retrouvent face à une décision : mourir avec un dernier appel obséquieux à la clémence ou mourir dans toute la dignité dont ils peuvent se draper dans leurs dernières heures sur terre. Sa dernière apparition à son procès — ce sourire blême qui s'est étalé sur le visage du meurtrier de masse — nous a montré quel chemin Saddam avait l'intention de prendre jusqu'à la potence.
J'ai dressé la liste de ses crimes monstrueux au fil des ans. J'ai parlé aux survivants kurdes d'Halabja[2] et aux Chiites qui se soulevèrent contre le dictateur à notre demande en 1991 et que nous avons trahis — et dont les compagnons d'armes, par dizaines de milliers, en compagnie de leurs femmes, furent pendus comme des grives par les bourreaux de Saddam.
Je fais le tour des chambres d'exécution d'Abou Ghraib — seulement quelques mois, est-il apparu plus tard, après que nous avons utilisé cette même prison pour quelques tortures et assassinats de notre propre facture — et j'ai observé les Irakiens sortir des milliers de leurs parents décédés des charniers de Hilla. L'un d'eux avait une hanche artificielle fraîchement implantée et un numéro d'identification médicale au bras. Il avait été directement emmené de l'hôpital jusqu'à son lieu d'exécution. Comme Donald Rumsfeld, j'ai serré la main molle et moite du dictateur. Pourtant le vieux criminel de guerre a fini ses jours au pouvoir en écrivant des romans d'amour.
Ce fut mon collègue, Thomas Friedman — à présent le journaliste messianique du New York Times — qui avait parfaitement saisi le caractère de Saddam juste avant l'invasion de 2003 : Saddam était, écrivait-il, "à moitié Don Corleone et à moitié Donald Duck". Et, en une seule définition, Friedman avait saisi l'horreur de tous les dictateurs : leur attirance sadique et la nature grotesque et incroyable de leur barbarie.
Mais ce n'est pas ainsi que le monde arabe le verra. D'abord, ceux qui ont souffert de la cruauté de Saddam accueilleront favorablement son exécution. Des centaines voulaient tirer le levier de la trappe du pendu. De même, de nombreux autres Kurdes et Chiites, à l'extérieur de l'Irak, se réjouiront de cette fin. Mais eux — et des millions d'autres Musulmans — se souviendront comment il a été informé de sa condamnation à mort le soir de la fête de l'Aïd el-Kebir, qui commémore le prétendu sacrifice par Abraham de son fils, une commémoration que même l'horrible Saddam avait l'habitude de célébrer cyniquement en libérant des prisonniers de ses prisons. Peut-être qu'avant sa mort, il a été "remis aux autorités irakiennes". Mais on se souviendra — à juste titre — de son exécution comme d'une affaire américaine et le temps ajoutera son lustre faux mais persistant à tout cela — que l'Occident a détruit un dirigeant arabe qui n'obéissait plus à Washington, que, pour tout ce qu'il a fait de mal (et cela sera la réussite terrible pour les historiens arabes, de faire table rase de ses crimes) Saddam est mort en "martyr" selon la volonté des nouveaux "Croisés".
Lorsqu'il fut capturé en novembre 2003, l'insurrection contre les soldats américains s'est accru en férocité. Après sa mort, elle redoublera à nouveau d'intensité. Libérés de toute possibilité de retour de Saddam à cause de son exécution, les ennemis de l'Occident en Irak n'ont aucune raison de craindre le retour d'un régime baasiste. Oussama ben Laden se réjouira certainement, de même que Bush et Blair. Et il y a une pensée. Tant de crimes vengés. Mais nous, nous nous en tirerons !
Notes :
[1] Lire : Saddam envoie des messages à ses supporters alors qu'il se prépare à mourir
[2] La version du gazage des Kurdes d'Halabja a été contestée. Il est possible que les choses ne soient pas passées comme elles ont été rapportées par les médias occidentaux. Lire l'enquête de Jude Wanniski : Saddam Hussein n'a pas perpétré de génocide
liens
http://questionscritiques.free.fr/edito/Independent/
Robert_Fisk/Saddam_Hussein_execution_301206.htm
Discours de George W. Bush.
Le discours du président Bush sur l’Irak a été publié par le site du New York Times, sous le titre : « Transcript of President Bush’s Address to Nation on U.S. Policy in Iraq ». On peut aussi en voir des extraits sur le même site.En voici quelques extraits traduits qui me semblent significatifs. Ils confirment la vision idéologique du président Bush, en rupture désormais avec une partie importante des élites américaines, y compris républicaines. Pour lui, le monde vit une nouvelle guerre mondiale et l’Irak est un terrain de cette guerre dans laquelle les Etats-Unis ne peuvent reculer (voir le paragraphe "troisième guerre mondiale" sur mon blog). On remarquera aussi qu’il ne fait aucune allusion à la solution du problème palestinien.
« Ce soir en Irak, les forces armées des Etats-Unis sont engagées dans un combat qui déterminera la direction de la guerre globale contre le terrorisme et notre sécurité ici à la maison. La nouvelles stratégie que je développe ce soir changera notre orientation en Irak et nous aidera à gagner dans le combat contre le terrorisme. » (...)
« Après voir analysé les succès et surtout les échecs de la stratégie américaine, le président Bush affirme : "Les conséquences d’un échec sont claires : le radicalisme islamique extrémiste grandirait, grandirait en force et gagnerait de nouvelles recrues. Ils seraient en meilleure position de renverser des gouvernements modérés, créer le chaos dans la région, et d’utiliser les revenus pétroliers pour financer leurs ambitions. L’Iran serait encouragée à poursuivre sa recherche d’armes nucléaires. Nos ennemis auraient des bases sûres d’où ils pourraient planifier et lancer des attaques contre le peuple américain. Le 11 septembre 2001, nous avons vu qu’un refuge pour les extrémistes de l’autre côté du monde pouvait apporter dans les rues de nos villes. Pour la sécurité de notre peuple, nous avons besoin que l’Amérique réussisse en Irak. »
Après avoir affirmé que l’essentiel était de rétablir la sécurité à Bagdad (et les raisons pour lesquelles les précédents plans avaient échoué), il affirme que le déploiement de plus de troupes irakiennes et l’envoi de 20 000 soldats américains permettrait d’atteindre cet objectif. Il souligne les engagements pris par le gouvernement irakien et dit que« j’ai fait clairement comprendre au premier ministre et aux autres dirigeants irakiens que l’engagement américain n’était pas indéfini dans le temps. Si le gouvernement irakien ne remplit pas ses promesses, il perdra le soutien du peuple américain – et aussi du peuple irakien ».
Le président Bush souligne ensuite les obligations du gouvernement irakien à améliorer le sort des citoyens, sur le plan économique et sécuritaire. Il dit que le gouvernement irakien s’est engagé à investir 10 milliards de dollars à cette fin, de tenir des élections locales avant la fin de l’année, de réformer les lois sur la débaasisasion (qui interdit à des anciens membres du parti Bass d’occuper des fonctions officielles) et à amender la constitution.
Parmi les objectifs fixés, l’envoi de 4000 soldats dans la province d’Al-Anbar où opère Al-Qaida. « Nos soldats, hommes et femmes en uniforme ont supprimé la base sûre dont Al-Qaida disposait en Afghanistan, et nous ne lui permettrons pas d’en recréer une en Irak ».
« Réussir en Irak demande aussi de défendre son intégrité territoriale et de stabiliser la région face au défi extrémiste. Cela nécessite d’abord de regarder (adressing) l’Iran et la Syrie. Ces deux régimes permettent aux terroristes et aux insurgés d’utiliser leur territoire pour entre et sortir d’Irak. L’Iran donne un appui matériel aux attaques contre les troupes américaines. (...) Nous allons chercher et détruire les réseaux qui fournissent des armes sophistiquées à nos ennemis en Irak. »
« Nous devons prendre aussi des mesures pour renforcer la sécurité de l’Irak et protéger nos intérêts au Proche-Orient. J’ai récemment ordonné le déploiement d’un nouveau porte-avions dans la région. Nous étendrons le partage des informations et nous allons déployer des systèmes de défense aérien Patriot pour rassurer nos amis et nos alliés. Nous allons travailler avec les gouvernements turc et irakien pour résoudre les problèmes le long de leur frontière. Et nous allons travailler avec d’autres pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires et de dominer la région. »
« Nous allons utiliser toutes les ressources diplomatiques des Etats-Unis pour rassembler des soutiens à l’Irak à travers la région. Des pays comme l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie et les Etats du Golfe doivent comprendre qu’une défait américaine en Irak créerait un nouveau sanctuaire pour les extrémistes et poserait une menace stratégique pour leur sécurité. » (...)
« Ce qui se joue à travers le grand Moyen-Orient est plus qu’un conflit militaire. C’est la guerre idéologique décisive de notre temps. D’un côté il y a ceux qui croient en la liberté et en la modération ; de l’autre les extrémistes qui tuent des innocents et ont proclamé leur intention de détruire notre mode de vie. A long terme, le moyen le plus réaliste de protéger le peuple américain est d’offrir une solution de rechange pleine d’espoir face à l’idéologie de haine de l’ennemi, et cela en faisant avancer la liberté dans cette région du monde. » (...)
Après avoir annoncé sa volonté d’informer le Congrès sur la nouvelle stratégie, d’écouter le point de vue des élus, de former un nouveau groupe bipartisan qui « aidera à gagner la guerre contre le terrorisme ». Et Bush annonce sa volonté d’augmenter les effectifs de l’armée américaine.
« Et il conclut en s’adressant aux citoyens américains : L’année qui vient demandera de la patience, des sacrifices et de la détermination. Il peut devenir tentant de penser que les Etats-Unis peuvent renoncer les fardeaux de la liberté. Mais les temps de test révèlent le caractère de la nation. Et, tout au long de l’histoire, les Américains ont toujours su faire face aux pessimistes et nous avons pu ainsi renforcer notre foi dans la liberté. Aujourd’hui, nous sommes engagés dans une nouvelle lutte qui déterminera le cours du nouveau siècle. Nous pouvons prévaloir et nous prévalerons. Nous allons de l’avant avec confiance dans l’Auteur de la liberté qui nous guidera dans ces heures difficiles. Merci et bonne nuit. »
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http://blog.mondediplo.net/2007-01-11-Discours-de-George-W-Bush



