vendredi, janvier 16, 2009

GAZA La Réalité cachée d'un massacre

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jeudi, janvier 08, 2009

Gaza : La vie et la mort de mon père

Par Fares Akram à Gaza
The Independent lundi 5 janvier 2009
article original : "Gaza: The death and life of my father"

Pour Fares Akram, le reporter de l’Independent à Gaza, l’invasion israélienne est devenue une tragédie personnelle lorsqu’il a découvert que son père avait été l'une des premières victimes de la guerre terrestre

Akrem al-Ghoul, photographié avec l’un de ses petits-enfants, a été tué dans sa ferme près de la ville de Beit Lahiya, au nord de Gaza (photo : Pavel Woldberg)

L’appel téléphonique est arrivé vers 16h20, samedi. Une bombe a été larguée sur la maison de notre petite exploitation agricole qui se trouve au nord de la Bande de Gaza. A ce moment-là, mon père marchait depuis la barrière de la ferme. C’était notre endroit chéri, cette ferme et sa maison blanche à deux niveaux, avec son toit rouge. Nichée dans une plaine fertile au nord-ouest de Beit Lahiya, elle avait des vergers de citronniers, d’orangers et d’abricotiers, et nous avions récemment acquis 60 vaches laitières.

C’était la ferme la plus proche de la frontière septentrionale avec Israël. L’ironie, c’est que nous avions toujours pensé que le plus grand danger, là-bas, ne venait pas des troupes israéliennes, qui entraient directement dans la Bande en passant à côté, si elles montaient une incursion, mais des roquettes perdues du Hamas destinées aux villes israéliennes situées à notre nord.

Mais très peu de temps avant le coucher de soleil, dimanche, alors que les fantassins et les chars israéliens envahissaient Gaza au prétexte de fermer les sites de tirs de roquettes du Hamas, la tranquillité de cet endroit a volé en éclat et la vie de mon père s’est éteinte à l’âge de 48 ans. Des avions et des hélicoptères de combat sont arrivés en grand nombre, bombardant et tirant pour ouvrir l’espace aux chars et aux forces terrestres qui suivaient dans l’obscurité. Ce fut l’une de ces attaques aériennes par les F-16 qui a tué mon père.

La maison a été réduite en miettes et il ne restait pas grand chose de papa. « Juste un tas de chair », a dit plus tard, avec une honnêteté brutale, mon oncle, qui l’a retrouvé dans les gravats.

Comme la plupart des Gazéens, ma mère, mes sœurs, ma femme – qui est enceinte de neuf mois – et moi-même avons passé la dernière semaine du massacre israélien, blottis dans notre appartement en ville. Mais mon père avait décidé de rester à la ferme ; il savait qu’il serait impossible d’y retourner pour s’occuper du bétail, si l’invasion prévue commençait. Mais il nous appelait tous les jours.

La dernière fois que je l’ai vu, c’était jeudi, lorsqu’il a amené de l’argent et un sac de farine. Nous avons discuté de la naissance imminente de mon premier enfant et comment nous conduirions ma femme, Alaa, à l’hôpital au milieu des bombardements et du chaos. Bien sûr, le samedi soir il n’y avait aucun espoir d’obtenir qu’une ambulance se rende à la ferme, parce que les routes avaient été coupées par les Israéliens. Mon oncle et mon frère ont donc fait les 8 km en voiture et le reste d’entre nous est resté dans l’appartement sombre, grelottant et en état de choc, sous des couvertures pour nous maintenir au chaud, avec le bruit incessant des tirs d’obus des chars autour de nous. Au fond de nous-même, nous savions tous que papa était mort. Il aurait été dans la maison ou à côté de celle-ci, et si un F-16 frappe directement votre maison vous savez ce que cela signifie.

Ils sont arrivés pour découvrir une pile fumante de gravats. La plupart des vaches gisaient inertes ; les autres qui n’étaient que blessées se s’étaient enfuies. Mahmoud, un jeune cousin, se trouvait avec mon père lorsque la bombe israélienne a fait sauter la maison. La force de la frappe aérienne l’a projeté à 300 mètres. Ils ont découvert le corps de Mahmoud dans le champ d’un voisin.

Nous avons enterré mon père et Mahmoud hier matin dans des funérailles rapides, sachant que les chars israéliens se trouvaient seulement à 3 km de là, à la périphérie de la ville. Nous pouvions entendre le crépitement des mitrailleuses qui accompagnait les chars. Les Israéliens diront peut-être qu’il y avait des activistes dans la zone près de notre ferme, mais je ne le croirais jamais. Le point le plus avancé pour les lanceurs de roquettes est à 6 km au sud. Plus haut, à la frontière, ce n’est que de la terre agricole en openfield avec nulle part où se cacher.

Mon père, Akren al-Ghoul, n’était pas un partisan de la lutte armée. Né à Gaza, il a fait ses études en Egypte et il était avocat et juge, travaillant pour l’Autorité Palestinienne. Après la prise de Gaza par le Hamas, il a démissionné et s’est tourné vers l’agriculture. Le père de papa, Fares, qui avait été chassé de sa maison en 1948, dans ce qui est maintenant la ville israélienne d’Ashkelon, avait acheté cette terre dans les années 60.

Durant la deuxième Intifada et jusqu’à ce que les Israéliens se retirent de Gaza en 2005, cette ferme avait été prise par des colons israéliens, mais, après 2005, nous y allions à chaque vacances. A Gaza, le seul moyen d’évasion est la plage ou, si vous êtes assez chanceux, la ferme. Mon père détestait ce que le Hamas faisait au système judiciaire de Gaza, introduisant la justice islamiste, et il était totalement opposé à la violence. Il aurait travaillé dur à un règlement juste avec Israël et à un meilleur futur pour les Palestiniens. Lorsque l’Autorité Palestinienne a pris le contrôle de la Cisjordanie, il s’est installé à Ramallah pour aider à y établir les tribunaux.

Mes griefs ne portent aucun désir de vengeance, que je sais être toujours vaine. Mais, en vérité, en tant que fils dans la peine, je trouve difficile de faire la distinction entre ce que les Israéliens appellent des terroristes et les pilotes et les équipages de chars israéliens qui envahissent Gaza. Quelle est la différence entre le pilote qui a réduit mon père en miettes et l’activiste qui tire des petites roquettes ? Je n’ai aucune réponse, mais juste au moment où je vais devenir père, j’ai perdu le mien.

Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]

liens
http://questionscritiques.free.fr/edito/Independent/
Gaza_massacre_Akrem_al-Ghoul_050109.htm

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Du Plomb Fondu sur Gaza

Les criniminels de guerre d'Israël face à la presse

Par Uri Avnery
publié le 3 janvier 2009
article original sur Gush Shalom : "Melted Lead"

Juste après minuit, la chaîne arabe Al Jazeera diffusait un reportage sur les événements à Gaza. Soudain, la caméra s’est dirigée vers le ciel nocturne. L’écran était noir. On ne pouvait rien voir, mais on entendait un bruit : celui des avions, un effrayant, un terrifiant vrombissement.

Il était impossible de ne pas penser à ces dizaines de milliers d’enfants de Gaza qui entendaient ce bruit à ce moment-là, se recroquevillant avec effroi, paralysés par la peur, attendant que tombent les bombes.

« Israël doit se défendre contre les roquettes qui terrorisent nos villes du Sud », déclarait le porte-parole israélien. « Les Palestiniens doivent riposter à l’assassinat de leurs combattants à l’intérieur de la bande de Gaza », affirmait celui du Hamas.

En fait, le cessez-le-feu n’a pas été rompu, car il n’y avait pas de véritable cessez-le-feu. La principale exigence pour tout cessez-le-feu dans la bande de Gaza doit être l’ouverture des points de passages à la frontière. Il ne peut y avoir de vie dans la bande de Gaza sans le passage d’un flux d’approvisionnement. Mais ces passages n’ont pas été ouverts, à l’exception de quelques heures de temps en temps. Le blocus sur terre, sur mer et dans les airs contre un million et demi d’êtres humains est un acte de guerre, tout autant que tout largage de bombes ou tirs de roquettes. Il paralyse la vie dans la bande de Gaza, en détruisant la plupart des possibilités d’emploi, en jetant des centaines de milliers de personnes au bord de la famine, en provoquant l’arrêt du fonctionnement de la plupart des hôpitaux, en perturbant l’approvisionnement en électricité et en eau.

Ceux qui ont décidé de fermer les points de passage - sous quelque prétexte que ce soit - savaient qu’il n’y a pas de véritable cessez-le-feu dans ces conditions.

C’est là le point central. Ensuite, vinrent les petites provocations qui ont été conçues pour provoquer la réaction du Hamas. Après plusieurs mois durant lesquels pratiquement aucune roquette Qassam n’avait été tirée, une unité de l’armée a été envoyée dans la bande de Gaza « afin de détruire un tunnel arrivant près de la barrière frontalière ». D’un point de vue strictement militaire, il aurait été plus judicieux de monter une embuscade de notre côté de la frontière. Mais l’objectif était de trouver un prétexte pour mettre un terme au cessez-le-feu, de telle manière que l’on puisse en attribuer de façon plausible la responsabilité aux Palestiniens. Et en effet, après plusieurs de ces petites opérations dans lesquelles les combattants du Hamas ont été tués, le Hamas a riposté par un tir massif de roquettes. Et voilà - le cessez-le-feu était terminé. Tout le monde a blâmé le Hamas.

Quel était le but recherché ?

Tzipi Livni l’a annoncé ouvertement : liquider le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Les roquettes Qassam ont seulement servi de prétexte.

Liquider le pouvoir du Hamas ? Cela ressemble à un chapitre de « La Marche Folle ». Après tout, ce n’est pas un secret que c’est le gouvernement israélien qui a mis en place le Hamas. Lorsque j’ai interrogé un jour Yaakov Peri, un ancien dirigeant du Shin Bet, à ce sujet, il m’a répondu énigmatiquement : « Nous ne l’avons pas créé, mais nous n’avons pas entravé sa création. »

Pendant des années, les autorités d’occupation ont favorisé ce mouvement islamique dans les territoires occupés. Toutes les autres activités politiques étaient vigoureusement réprimées, mais leurs activités dans les mosquées ont été autorisées. Le calcul était simple et naïf : à l’époque, l’OLP était considérée comme le principal ennemi, Yasser Arafat était le Diable. Le mouvement islamique prêchait contre l’OLP et Arafat, et a donc été considéré comme un allié.

Avec le déclenchement de la première Intifada en 1987, le mouvement islamique s’est officiellement rebaptisé Hamas (les initiales en arabe de « Mouvement de résistance islamique ») et a rejoint la lutte. Même à cette époque, le Shin-Bet n’a pris aucune mesure contre eux pendant près d’un an, tandis que les membres du Fatah étaient exécutés ou emprisonnés en grand nombre. Ce n’est qu’après une année que le cheikh Ahmed Yassine et ses collègues ont également été arrêtés.

Depuis lors, la roue a tourné. Le Hamas est devenu le nouveau Satan, et l’OLP est considérée par beaucoup en Israël comme étant presque une branche de l’organisation sioniste. La conclusion logique pour un gouvernement israélien recherchant la paix aurait été de faire de larges concessions à la direction du Fatah : fin de l’occupation, signature d’un traité de paix, fondement de l’État Palestinien, retrait aux frontières de 1967, une solution raisonnable au problème des réfugiés, et la libération de tous les prisonniers palestiniens. Cela aurait arrêté la montée du Hamas à coup sûr.

Mais la logique a peu d’influence sur la politique. Rien de ce genre ne s’est produit. Au contraire, après l’assassinat d’Arafat [sic], Ariel Sharon a déclaré que Mahmoud Abbas, qui l’avait remplacé, était une « volaille plumée ». On n’a pas autorisé Abbas à obtenir le moindre succès politique. Les négociations, sous les auspices américaines, sont devenu une plaisanterie. Le plus authentique chef du Fatah, Marwan Barghouti, a été envoyé en prison à perpétuité. Au lieu d’une libération massive de prisonniers, il n’y a eu que de petits « gestes » insultants.

Abbas a été systématiquement humilié, le Fatah ressemblait à une coquille vide et le Hamas a remporté la victoire lors des élections palestiniennes - les élections les plus démocratiques jamais organisées dans le monde arabe. Israël a boycotté le gouvernement élu. Dans la lutte intestine qui s’en est suivi, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza.

Et maintenant, après tout cela, le gouvernement israélien a décidé de « liquider le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza » - par le sang, le feu et les colonnes de fumée.

Le nom officiel de cette guerre est « plomb durci », deux mots provenant d’une comptine enfantine sur un jouet d’Hanoukkah.

Il serait plus exact de la nommer « la guerre des élections ».

Dans le passé, également, des actions militaires ont été lancées lors de campagnes électorales. Ménacem Begin a bombardé le réacteur nucléaire irakien [Osirak] durant la campagne de 1981. Lorsque Shimon Peres a affirmé qu’il s’agissait d’un gadget électoral, Begin a répliqué lors du meeting suivant : « Juifs, croyez-vous que je voudrais envoyer nos braves garçons à leur mort, ou pire, être fait prisonnier par des animaux, afin de gagner une élection ? » Begin a gagné.

Peres n’est pas Begin. Lorsqu’au cours de la campagne électorale de 1996 il a ordonné l’invasion du Liban (opération « Raisins de la colère »), tout le monde était convaincu qu’il l’avait fait afin de gagner des élections. La guerre a été un échec, Peres a perdu les élections et Benyamin Nétanyahou est arrivé au pouvoir.

Barak et Tzipi Livni recourent aujourd’hui à la même vieille ficelle. En 48 heures, selon les sondages, le résultat des votes pour Barak lui assurerait cinq sièges supplémentaires à la Knesset. Soit environ 80 morts Palestiniens pour chaque siège. Mais il est difficile de marcher sur un tas de cadavres. Ce succès pourrait s’évaporer en une minute si la guerre était considérée comme un échec par l’opinion publique israélienne. Par exemple, si les roquettes continuent de frapper Beersheba ou si l’attaque au sol provoque de lourdes pertes israéliennes.

Le calendrier a également été choisi méticuleusement sous un autre angle. L’attaque a commencé deux jours après Noël, lorsque les dirigeants américains et européens sont en vacances jusqu’au nouvel an. Avec pour calcul : même si quelqu’un voulait essayer de mettre fin à la guerre, nul ne peut renoncer à ses vacances. Cela garantissait de disposer de plusieurs jours à l’abri des pressions.

Une autre raison a présidé au choix du moment : ce sont les derniers jours de George Bush à la Maison Blanche. On pouvait s’attendre à ce que cet abruti sanguinaire soutienne la guerre avec enthousiasme : c'est ce qu’il a fait, bien sûr. Barack Obama n’est pas encore entré en fonction et a eu à sa disposition un prétexte tout fait lui permettant de garder le silence : « il n’y a qu’un seul président ». Ce silence n’est pas de bon augure pour le mandat du président Obama.

La préoccupation principale était de ne pas répéter les erreurs de la deuxième guerre du Liban. Cela a été répété sans cesse sur toutes les ondes et durant tous les talk-shows.

Cela ne change rien aux faits : la guerre de la bande de Gaza est une réplique presque identique de la deuxième guerre du Liban.

Le concept stratégique est le même : terroriser la population civile par des attaques aérienne sans relâche, semant mort et destruction. Il n'y a aucun danger pour les pilotes : les Palestiniens ne disposent d'aucune arme antiaérienne. Voici le calcul : si toute les infrastructures nécessaires à la vie quotidienne dans la Bande de Gaza sont totalement détruites et que l’anarchie généralisée s’y installe, la population se soulevera et renversera le régime du Hamas. Mahmoud Abbas reviendrait alors dans la Bande de Gaza dans les chars israéliens.

Au Liban, ce calcul n’a pas fonctionné. La population prise sous les bombardements, y compris les chrétiens, s’est ralliée derrière le Hezbollah, et Hassan Nasrallah est devenu le héros du monde arabe. Quelque chose de semblable va probablement se produire à nouveau cette fois-ci. Les généraux sont des experts en armement et en manoeuvre de troupes, mais pas en psychologie des masses.

Il y a quelque temps, j’ai écrit que le blocus de Gaza était une expérience scientifique visant à savoir jusqu’où on peut affamer une population et transformer sa vie en enfer avant qu’elle ne cède. Cette expérience a été menée avec l’aide généreuse de l’Europe et les États-Unis. Jusqu’à présent, elle n’a pas réussi. Le Hamas s’est renforcé et la portée des Qassams s’est accrue. La guerre d’aujourd’hui est une poursuite, par d’autres moyens, de cette expérience.

Il est possible que l’armée « n’ait pas d’autre choix » que de reconquérir la bande de Gaza, car il n’y a pas d’autre moyen d’arrêter les Qassams - sauf à parvenir à un accord avec le Hamas et qui est contraire à la politique du gouvernement. Lorsque l’invasion terrestre commencera, tout dépendra de la motivation et des capacités des combattants du Hamas vis-à-vis des soldats israéliens. Personne ne peut savoir ce qui va se passer.

Jour après jour, nuit après nuit, la chaîne en arabe Al Jazeera diffuse des images atroces : des piles de corps mutilés, des parents en larmes à la recherche de leurs proches parmi les dizaines de cadavres étendus sur le sol, une femme tirant sa petite fille de sous les décombres, des médecins sans médicaments tentant de sauver la vie des blessés. (Al Jazeera en langue anglaise, contrairement à son homologue en arabe, a effectué une étonnante volte-face, diffusant seulement des images aseptisées et reprenant la propagande du gouvernement israélien. Il serait intéressant de savoir ce qui s’est passé là-bas.)

Des millions de spectateurs voient ces terribles scènes, image après image, jour après jour. Ces images sont inscrites dans leurs esprits à jamais : Israël est horrible, Israël est abominable, Israël est inhumain. Toute une génération d’ennemis. C’est un prix terrible que nous seront obligés de payer, longtemps après que les autres résultats de cette guerre auront été oubliés en Israël.

Mais une autre image s’imprime également dans l’esprit de ces millions de spectateurs : celle des régimes arabes, passifs, misérables, corrompus.

Comme le voient les Arabes, un élément ressort au-dessus de tous les autres : le mur de la honte.

Pour le million et demi d’Arabes dans la bande de Gaza, qui souffrent terriblement, la seule ouverture sur le monde qui ne soit pas contrôlée par Israël est la frontière avec l’Égypte. C’est seulement par là que peuvent parvenir la nourriture vitale et les médicaments pour les blessés. Cette frontière reste fermée au pire moment de l’horreur. L’armée égyptienne a bloqué la seule issue permettant à l’alimentation et aux médicaments d’entrer, alors même que les chirurgiens doivent opérer les blessés sans anesthésie.

Les paroles de Hassan Nasrallah résonnent d’un bout à l’autre du monde arabe : Les dirigeants égyptiens sont les complices de ce crime ; ils collaborent avec l’« ennemi sioniste » en tentant de briser le peuple palestinien. On peut supposer qu’il ne désignait pas uniquement Moubarak, mais aussi tous les autres dirigeants, depuis le roi d’Arabie saoudite jusqu'au président palestinien. En voyant les manifestations dans le monde arabe et en écoutant les slogans, on a l’impression que pour de nombreux Arabes leurs dirigeants sont au mieux pathétiques et misérables, au pire des collabos.

Cela aura des conséquences historiques. Toute une génération de dirigeants arabes - cette génération imprégnée de l’idéologie du nationalisme arabe laïque -, les successeurs de Gamal Abd-al-Nasser, Hafez al-Assad et Yasser Arafat, pourrait être balayée de la scène. Dans le monde Arabe, la seule alternative viable est celle de l’idéologie fondamentaliste islamique.

Cette guerre l’écrit en lettres capitales : Israël a manqué une chance historique de faire la paix avec le nationalisme arabe laïque. Demain, Israël pourra se retrouver face à un monde arabe uniformément fondamentaliste, un Hamas à la puissance mille.

L’autre jour, mon chauffeur de taxi à Tel-Aviv réfléchissait à voix haute : Pourquoi ne pas mobiliser les fils des ministres et des membres de la Knesset, les rassembler en une unité de combat et les envoyer à la tête de la prochaine attaque terrestre sur la bande de Gaza ?

Traduction : RM/SW

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http://questionscritiques.free.fr/edito/Uri_Avnery/
massacres_Gaza_Plomb_Fondu_030109.htm

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Gaza, et ce que je lirai demain dans vos journaux

Ramallah, 27 décembre 2008

Et je lirai demain, dans vos journaux, que la trêve est finie à Gaza. Ce n'était donc pas un siège, mais une forme de paix ce camp de concentration fauché par la faim et la soif. Et de quoi dépend la différence entre la paix et la guerre? De la comptabilité des morts? Et les enfants rongés par la malnutrition, on les met sur quel compte?

Meurt-il de guerre ou de paix celui qui meurt parce que l'électricité manque dans le bloc opératoire? On dit paix quand il n'y a pas de missile – mais comment dit-on quand tout le reste manque?

Et je lirai dans vos journaux, demain, que tout cela n'est qu'une attaque préventive, que ce n'est qu'un droit légitime, inviolable d'autodéfense. La quatrième puissance militaire du monde, ses muscles nucléaires contre des missiles de tôle, du papier mâché et du désespoir. Et naturellement on va me préciser qu'il ne s'agit pas d'une attaque contre des civils – et d'ailleurs comment pourrait-elle l'être si trois hommes qui causent de la Palestine ici, au coin de la rue, sont pour les lois israéliennes un noyau de résistance et donc un groupe illégal, une force combattante? – si dans les documents officiels nous sommes marqués comme une entité ennemie et, sans plus le moindre frein éthique, le cancer d'Israël? Si le but est d'éradiquer le Hamas – tout cela renforce le Hamas. Vous arrivez à bord des avions de chasse pour exporter la rhétorique de la démocratie, à bord des avions de chasse vous revenez ensuite étrangler l'exercice de la démocratie – mais quelle autre option reste-t-il? Ne la laissez pas vous exploser dessus soudain. Ce n'est pas le fondamentalisme qu'on bombarde en ce moment mais tout ce qui s'y oppose. Tout ce qui ne restitue pas gratuitement à cette férocité indiscriminée une haine égale et contraire, mais une parole nue de dialogue, la lucidité de raisonner, le courage de déserter – ce n'est pas une attaque contre le terrorisme cela, mais contre l'autre Palestine, tierce et différente, tandis qu'elle esquive des missiles coincée entre la complicité du Fatah et la myopie du Hamas. Il était en train de m'assassiner par autodéfense, j'ai du l'assassiner par autodéfense – un jour les survivants le raconteront ainsi.

Et demain je lirai dans vos journaux que tout processus de paix est impossible, les Israéliens, hélas, n'ont personne avec qui parler. Et en effet – comment pourraient-ils l'avoir, retranchés derrière un Mur de béton de huit mètres? Et surtout – pourquoi devraient-il l'avoir, si la Road Map n'est que l'énième arme de distraction de masse pour l'opinion publique internationale? Quatre pages où l'on nous demande, par exemple, d'arrêter les attaques terroristes et où l'on dit qu'en échange Israël ne va entreprendre aucune action pouvant miner la confiance entre les deux parties comme – textuellement – les attaques contre les civils. Assassiner des civils ne mine pas la confiance, mais le droit, c'est un crime de guerre, ce n'est pas une question de courtoisie. Et si Annapolis est un processus de paix, tandis qu'en attendant, ici, la seule carte qui progresse sont les terres confisquées, les oliviers arrachés les maisons démolies, les colonies élargies – pourquoi alors la proposition saoudienne n'est-elle pas un processus de paix? La fin de l'occupation en échange de la reconnaissance de la part de tous les Etats arabes. Pouvons-nous avoir au moins un signe de réaction? Quelqu'un là, par hasard, écoute-t-il de l'autre côté du Mur?

Mais je suis là à vous raconter du vent. Parce que demain je ne lirai qu'une ligne dans vos journaux et seulement demain, ensuite je ne lirai, encore, que l'indifférence. Et ce n'est que cela que je sens, tandis que les F16 survolent ma solitude vers des centaines de dommages collatéraux dont je connais chaque nom, chaque vie – seulement un vertige d'abandon et d'égarement infinis. Européens, Américains et Arabes aussi – parce qu'est devenue la souveraineté égyptienne, au passage de Rafah, la morale égyptienne, au sceau de Rafah? – nous sommes simplement seuls. Vous défilez ici, une délégation après l'autre – et en parlant, aurait dit Garcia Lorca, les mots restent dans l'air, comme des bouchons dans l'eau. Vous offrez des aides humanitaires mais nous ne sommes pas des mendiants, nous voulons dignité, liberté, des frontières ouvertes, nous ne demandons pas de faveurs, nous revendiquons des droits. Et, au contraire, vous arrivez, indignés et désireux de participer et vous demandez ce que vous pouvez faire pour nous. Une école?, une clinique peut-être? des bourses? Et nous essayons à chaque fois de vous convaincre – non, pas la généreuse solidarité, enseignait Bobbio, seulement la sévère justice – des sanctions, des sanctions contre Israël. Mais vous répondez – neutres à chaque fois et donc partageant le déséquilibre, partisans des vainqueurs – non, cela serait antisémite. Mais qui est plus antisémite, ceux qui ont vicié Israël un pas après l'autre pendant soixante ans, jusqu'à le défigurer au point d'en faire le pays le plus dangereux au monde pour les Juifs ou ceux qui l'avertissent qu'un Mur marque un ghetto des deux côtés?

Est-il peut-être antisémite de relire Hannah Arendt aujourd'hui où c'est nous, les Palestiniens son écume de la terre, est-il antisémite de revenir illuminer ses pages sur le pouvoir et la violence, sur la dernière race soumise au colonialisme britannique, qui auraient été, in fine, les Anglais eux-mêmes? Non, ce n'est pas de l'antisémitisme, mais l'exact contraire, de soutenir les nombreux Israéliens essayant d'échapper à une nakbah appelée sionisme. Parce qu'il ne s'agit pas d'une attaque contre le terrorisme mais contre l'autre Israël, tiers et différent, tandis qu'il esquive la pensée unique coincé entre la complicité de la gauche et la myopie de la droite.

Je sais ce que je lirai, demain, dans vos journaux. Mais pas d'autodéfense, pas d'exigence de sécurité. Tout cela ne s'appelle qu'apartheid – et génocide. Parce que peu importe que les politiques israéliennes, techniquement, collent ou non au millimètre avec les définitions délicatement ciselées par le droit international, son formalisme aristocratique, sa prétendue objectivité ne sont que l'énième collatéralité, ici, qui seconde et multiplie la force des vainqueurs. L'essence de ces avions est votre neutralité, est votre silence, le son de ces explosions. Quelqu'un se sentit Berlinois, devant un autre Mur. Combien de morts encore, pour vous sentir des citoyens de Gaza?

Mustafa Barghouthi

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http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=
2009-01-02%2012:20:03&log=attentionm


Jusqu'à ce soir 07/01/2009 l'agression israélienne à Gaza a provoqué plus de 700 morts (dont la moitié sont des enfants et des femmes) et plus de 3000 blessés...

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mardi, mai 08, 2007

Chomsky : Reflexion sur la Démocratie


Extrait de "Noam Chomsky, les Médias et les Illusions Nécessaires" (1993).

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