samedi, décembre 29, 2007

Un autre crime de la violance aveugle de l'état d'Israel


SANS COMMENTAIRE

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mercredi, novembre 14, 2007

Que s’est-il passé à Gaza ?

par Alain Gresh

Que s’est-il passé à Gaza lors de l’anniversaire de la mort de Yasser Arafat ? A écouter la radio le 14 novembre, à lire la presse, la cause est entendue : les « méchants » islamistes ont tiré sur les « gentils » manifestants du Fatah qui défilaient pacifiquement.

Sakher Abou El-Oun écrit dans une dépêche de l’AFP du 12 novembre :
« Les heurts ont éclaté alors que des centaines de milliers de Palestiniens se dispersaient à la fin du rassemblement organisé par le Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, pour commémorer la mort il y a trois ans du chef historique des Palestiniens. Des miliciens en civil ou en uniforme du Hamas, qui a pris le pouvoir par la force en juin à Gaza, ont ouvert le feu sur les manifestants, dont certains scandaient des slogans contre le mouvement islamiste et lançaient des pierres sur sa police, selon des témoins. »

« "Assassins, chiites", criaient les manifestants, en allusion au soutien apporté par l’Iran chiite au Hamas. Six Palestiniens ont été tués par les tirs et 130 autres blessés, dont des femmes et des enfants, ont indiqué des sources médicales. Un septième, âgé de 65 ans, qui participait à la manifestation est décédé à l’hôpital. Des images de télévision ont montré des hommes armés du Hamas ouvrir le feu sur des manifestants qui fuyaient ou d’autres rouant un jeune homme de coups de matraque. »

On peut souligner que Le Figaro, Le Monde et Libération reprennent en titre cette information rendant le Hamas responsable. Pourtant, à lire les articles, on mesure que la réalité est bien plus complexe que celle que mettent en scène les titres. Ainsi, Libération du 14 novembre publie un article de Delphine Matthieussent, titré « Le Hamas tire sur la foule ». Mais si on prend le soin de lire l’article, il y est écrit : « Des policiers et des hommes armés du Hamas ont ouvert le feu sur les manifestants, selon les responsables du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas. Le Hamas affirme quant à lui que ses membres ont été pris à parti par des hommes armés du Fatah et ont répliqué. » (notons que, dans la presse, les titres des articles ne sont pas faits par les journalistes qui écrivent les articles).

Le Monde daté du 14 novembre titre en première page, « Le Hamas fait tirer sur un meeting à la mémoire d’Arafat ». Pourtant, l’article du correspondant à Jérusalem du quotidien du soir, Michel Bôle-Richard, lui aussi titré « A Gaza, le Hamas tire sur le Fatah qui célébrait de Yasser Arafat », est beaucoup plus prudent :

« Les heurts se sont produits à la fin du rassemblement sans que l’on en sache véritablement l’origine. Des groupes de manifestants auraient commencé à lancer des pierres sur les forces de l’ordre qui n’ont pas hésité à répliquer à balles réelles, poursuivant même les protestataires dans les rues, en lâchant des rafales de kalachnikov. Le Hamas a mis en cause des francs-tireurs du Fatah qui se seraient postés sur les toits pour tirer sur les membres de la Force exécutive. Sami Abou Zhouri. »

Une intéressante analyse en anglais, datée du 12 novembre et signée Tony Sayegh, « The Yellow "Revolution of Mahmoud Abbas and Mohammad Dahlan » donne un autre son de cloche. L’auteur explique que l’Autorité palestinienne avait envoyé 45 000 drapeaux jaune à Gaza pour préparer la manifestation (les drapeaux jaunes sont ceux de cette organisation). Ils étaient chargés dans des camions censés apporter de la nourriture à la population affamée, mais, à l’inspection, il s’avéra qu’ils transportaient ce matériel de propagande. Le Hamas ne s’opposa pas à l’arrivée de cette nourriture très particulière. Tony Sayegh explique, par ailleurs, que le Fatah n’avait pas organisé une telle manifestation à l’occasion du premier ou du deuxième anniversaire de la mort d’Arafat ; il souligne aussi que cette manifestation a été bien plus importante que celles que le Fatah a organisé en Cisjordanie.

Il poursuit en expliquant que le Hamas a autorisé la manifestation à Gaza alors que le Fatah a réprimé toutes les tentatives du Hamas de manifester en Cisjordanie. Le correspondant de l’AFP affirme que la manifestation s’est déroulée pacifiquement, mais que, à la fin, ce sont les responsables du Fatah qui ont ouvert le feu les premiers.

Notons que les titres et les comptes-rendus de la presse anglo-saxonne sont bien plus prudents que ceux de la presse française. Le quotidien britannique The Guardian titre le 14 novembre : « Six die in clashes as Fatah emerges onto streets of Gaza ». The Independent titre lui « Five killed during Arafat rally »

Pour ceux qui sont intéressés au point de vue du Hamas, lire « Hamas holds Fatah leadership fully responsible for Gaza events »

Que l’on se comprenne bien. Le Fatah, comme le Hamas portent une lourde responsabilité dans la détérioration de la situation des Palestiniens. Les deux organisations ont été accusées par les organisations palestiniennes de défense des droits de l’homme de graves violations du droit humanitaire. Les deux organisations portent une lourde responsabilité dans l’affaiblissement des capacités de résistance des Palestiniens.

Et pendant ce temps, le blocus de Gaza se poursuit dans l’indifférence générale. Et personne n’a repris la dépêche de l’AFP du 12 novembre :

Israël va restreindre la fourniture d’électricité à la bande de Gaza (Barak) :

« Israël va procéder à des coupures d’électricité dans la bande de Gaza en riposte à la poursuite des tirs de roquettes en dépit de l’opposition du conseiller juridique du gouvernement, a affirmé dimanche le ministre de la Défense, Ehud Barak. "La fourniture d’électricité à la bande de Gaza va être réduite", a affirmé M. Barak en Conseil des ministres, cité par un haut responsable. "Les coupures d’électricité vont être appliquées prochainement et seront incluses dans la série de mesures prises à l’encontre du (mouvement islamiste) Hamas" qui contrôle la bande de Gaza après son coup de force à la mi-juin, a ajouté M. Barak. »

liens :
http://blog.mondediplo.net/2007-11-14-Que-s-est-il-passe-a-Gaza

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mercredi, décembre 27, 2006

Dis-moi, Israël : quand tu n’auras plus ta tête de Turc palestinienne, tu ne seras pas un peu emmerdé ?

Virginia Tilley, 15 décembre 2006

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice


Que vas-tu faire, maintenant, Israël ?

Maintenant que trois petits garçons ont été tués par les balles d’assassins (non-identifiés) ?

Maintenant qu’un juge Hamas a été sorti de force de sa voiture et assassiné ?
Voilà qui doit te faire rudement plaisir ?

« Les Palestiniens sont – enfin (pas trop tôt, ces connards… !) – en train de tomber dans mon piège ! », t’entends-je penser.

Le couvercle vient enfin d’être vissé sur ton fameux bocal, préparé amoureusement depuis si longtemps, dans lequel ces « cafards saouls » ne pourront plus que se débattre en vain, en se gueulant mutuellement dessus…

Je te vois, là, enfoncé dans ton fauteuil national, te frottant les mains, triomphant, observant les Palestiniens en train – enfin ! – de s’étriper et de devenir, lentement mais sûrement, ce que tu as toujours prétendu qu’ils étaient.

Peut-être es-tu un brin dégoûté ? Heureusement, ton sentiment irrémissible de supériorité ne te permet pas de gerber…

Mais as-tu réfléchi à ce que tu pourras faire, au cas où cette direction palestinienne que tu méprises tellement finissait par se désintégrer ? Bien sûr, c’est toi qui les as mis dans cette merde… Cela fait des dizaines d’années que tu y travailles, d’arrache-pied. Tu as prévariqué, terrorisé, expulsé, mutilé, massacré leurs dirigeants, tu as banni ou tué leurs visionnaires et leurs philosophes, tu as financé et attisé le Hamas contre le Fatah ou le Fatah contre le Hamas, tu as mis leur démocratie à la poubelle, tu leur a piqué leur argent, tu les a emmurés, tu les as mis « au régime », tu t’es fendu la pêche devant leurs revendications, tu as menti au sujet de leur histoire, au monde entier et à toi-même…

Mais que vas-tu faire, Israël, si cinq millions de Palestiniens se retrouvent à vivre, en fin de compte, sans aucune élite gouvernante, sous ta propre souveraineté ? Que feras-tu, quand ils auront perdu toute capacité de négocier avec toi ? As-tu réfléchi au fait que dans les territoires que tu contrôles, les Palestiniens sont aussi nombreux que tes ressortissants ? Et que tu es en train de détruire leur expression unifiée ? As –tu pensé à ce qui t’arrivera si les Palestiniens perdent vraiment cette voix ?

Peut-être est-ce que tu penses qu’il te suffirait de libérer le fric et les flingues du Fatah pour que celui-ci ré-arrache son pouvoir des mains du Hamas et réinstalle le gouvernement palestinien fantoche de tes rêves roses ? Peut-être penses-tu vraiment que le Fatah est en mesure de ressusciter l’épave d’Oslo, sortir le bout de son nez des gravats des bureaux de l’Autorité palestinienne et récupérer le siège du conducteur de la nation palestinienne, comme avant ? Peut-être que tu te dis qu’avec juste ce qu’il faut d’échauffourées entre les factions et une pincée supplémentaire d’assassinats et un tantinet de famine, la nation palestinienne toute entière va se retourner contre le Hamas et l’éjecter du pouvoir, en faveur de M. Abbas et de son sourire piqué à la machine ?

Mais comment peux-tu imaginer tout ça, alors même que le seul cas semblable, qui fait figure de test – l’Irak – est en ruines, et que les USA et que la Grande-Bretagne tentent désespérément de filer à l’impérialiste [oups : à l’anglaise] ?

Vis-tu encore tellement enfoncé profondément dans tes propres illusions, que tu puisses imaginer que la Résistance palestinienne ne serait que le fait d’un leadership néfaste ou sclérosé ? Qu’il n’y aurait nulle mémoire de l’expulsion et de la dépossession derrière l’esprit de résistance collective qui ne pourra qu’indéfiniment, et inévitablement, transcender une direction palestinienne, quelle qu’elle soit ? Crois-tu vraiment que du simple fait que tu puisses écraser ou coopter le Hamas et le Fatah, cinq millions de personnes vont simplement disparaître à jamais de la traînée sanglante que tu laisses sur le monde, au-delà des frontières jordanienne ou égyptienne, dans le désert infini, emportant en hâte ce qu’ils pourront emmener – vêtements, enfants et souvenirs patinés – dans une sorte de grand remake de 1948 ?

Penses-tu vraiment que si la communauté internationale, de guerre lasse, va se lasser de te demander de négocier avec les gens que tu as dépossédés et discrédités, tu pourras en quelque sorte te balader en sifflotant, soulagé de voir oubliés les crimes que tu as perpétrés envers eux ?

Nous savons que tu continues à poursuivre ce vieux, fatal et futile fantasme : enfin ressusciter le rêve sioniste, en démolissant le nationalisme palestinien. En brisant l’unité nationale palestinienne sur les écueils de l’occupation. En réduisant les Palestiniens à l’état d’Indiens dans des réserves, déclinant à petit feu vers le désespoir, l’alcoolisme et l’émigration. En les rendant totalement indifférents, pour toi.

Mais j’ai un truc à te dire, Israël. Aux USA, les autochtones amérindiens n’ont jamais baissé les bras. Atteints et humiliés comme ils le sont, ils connaissent leur histoire, et ils se souviennent de leur dol. S’ils sont marginaux, c’est uniquement parce qu’ils ne représentent que 1 % de la population des USA. Les Palestiniens, eux, sont cinq millions : ils sont aussi nombreux que tes juifs ! Et ils vivent à l’intérieur de tes frontières. Quand leurs dirigeants se détruiront eux-mêmes, en se malmenant mutuellement comme des béliers dans un combat à mort, ils deviendront finalement cinq millions de paire d’yeux courroucés fixés sur toi, car tu seras l’ultime pouvoir à les dominer. Et tu seras sans défense, parce que ton abri de papier – tes Quisling du Fatah ou de l’ « Autorité » « palestinienne » ne seront plus que des bibelots endommagés, de la vaisselle fêlée, des has been discrédités, foutus. Alors, il n’y aura plus que toi et ceux que tu as dépossédés – toi, et les Palestiniens – dans un seul État, sans Oslo et sans Feuille de Route pour te protéger ! Alors, je peux te dire que les Palestiniens – pour le coup – te haïront, et pour de bon !

Alors, peut-être, prendras-tu conscience de ta bévue, quand la désintégration de l’unité nationale palestinienne se répandra, telle un tsunami, dans l’ensemble du Moyen-Orient, conjoignant ses forces avec le tsunami débordant de l’Irak, dévastant l’ensemble de la région et te revenant en pleine gueule ?…

En te voyant te fabriquer cette catastrophe de tes propres mains, nous en venons à penser que tu es sans doute, ni plus ni moins, suicidaire ? Nous pourrions nous contenter d’observer [en nous frottant les mains, à notre tour… NdT], mais ton cheminement vers la ruine est lourd de trop de souffrance, pour trop de personnes.

Reste que même si nous voulions éviter ton pacte unilatéral de suicide collectif avec les Palestiniens, y a-t-il quelqu’un, que nous puissions appeler à l’aide ?
Nous pourrions appeler le Hamas à – enfin – se mobiliser de pied en cap, car lui seul a la capacité de lancer une campagne de désobéissance civile sur une échelle massive, seule à même de paralyser le poing d’acier d’Israël. Mais le Hamas n’a aucune expérience dans ce domaine, et ses hommes d’État sont d’ores et déjà cernés par les flingues que tu as offert aux malfrats du Fatah…

Nous pourrions exhorter le chef des malfrats du Fatah, ce M. Abbas qui se roule comme une serpillière aux pieds des dirigeants israéliens, à tenter de se retrouver une colonne vertébrale. Ou encore l’ubiquiste M. Erekat, qui n’a jamais eu la moindre vision politique de sa vie, de s’en inventer une, du jour au lendemain…

Nous pourrions encourager les malfrats du Fatah à rejeter MM. Abbas et Erekat, ainsi que les contrats plantureux de fournitures de ciment que tu leur a soumissionnés afin d’ériger le Mur qui les emprisonne, et à rechercher un haut du pavé qu’ils n’ont jamais aperçu de leur vie.

Nous pourrions quémander des microscopiques FPLP et FDLP, accrochés à leurs programmes surannés, trop rassis pour être mangeables et rongés par leur amertume recuite pluri-décennale et leur rivalité avec le Fatah, qu’ils lèvent enfin le nez et regardent au-delà de leurs rancœurs anciennes et d’hier.

On pourrait faire appel aux USA, mais personne ne s’avise de le faire.
On pourrait faire appel à l’Union européenne, mais personne ne s’avise de le faire, non plus.
On pourrait faire appel au monde, mais il se contente de rester, là, hébété.
On pourrait faire appel aux médias mondiaux, mais ils sont gelés, le cul à l’air.

Donc, le seul à qui nous puissions faire appel, c’est à toi, ô, toi, Israël… Pour te demander, à toi, ô, Israël, de penser à ce que tu es en train de fabriquer, à défaut de t’en préoccuper. Car tu es en train de préparer, de tes mains, ta propre destruction.

Si tu es tellement efficace, dans ce grandiose projet national – ta propre destruction – c’est parce que tu sais y faire, d’expérience. Même les gens les plus courageux, les plus moraux et les plus sensibles, comme tu as eu l’occasion de l’apprendre, ne sauraient supporter indéfiniment de vivre dans un camp de concentration. A un certain moment, comme les historiens de l’Holocauste l’ont fureté avec un tel pathos, c’est l’humanité [des déportés] qui finit par s’effondrer. L’héroïsme individuel peut survivre, on peut en conserver et chérir la mémoire. Mais l’ordre, l’humanité et, en fin de compte, les sentiments humains pourrissent et se décomposent en querelles de factions et en l’inhumanité de l’homme envers son semblable. Cela, tu ne le sais que trop bien, tu sais amèrement de quelle manière le chaudron concentrationnaire peut faire se dissoudre jusqu’au tissu même d’une société et éparpiller les humains. Cette leçon est gravée, littéralement, au fer rouge dans ta mémoire nationale. Et tu est en train d’appliquer ces leçons, en tentant de purger la tragédie du sionisme et réduisant Gaza en ruines.

Mais si tu récoltes en réalité le chaos que tu es en train de fabriquer aux Palestiniens, tu ne tarderas pas à découvrir qu’il n’y a personne d’autre de responsable de ces cinq millions de civils palestiniens que : TOI !

Alors, que vas-tu faire, Israël, de cinq millions de personnes soumises à ta loi, quand tu ne pourras plus faire croire au monde entier que tu as l’intention de négocier avec elles ? Que feras-tu de ces personnes que tu détestes et qui – elles y ont mis le temps ! – te détestent elles aussi au dernier degré, quand les visions de coexistences auront en fin de compte échoué ? Tu seras le seul pouvoir étranger à les écraser. Tu ne pourras ni les digérer, ni les dégueuler. Et ils continueront à te dévisager.

Et nous aussi !
Oui : toi !
Parce qu’il n’y aura personne d’autre à tenir pour responsable. Ni personne d’autre ne pourra les prendre en charge. Rien que toi…

CounterPunch
Virginia Tilley est professeur de sciences politiques. De nationalité usaméricaine, elle travaille en Afrique du Sud. Elle est l’auteur de l’ouvrage The One-State Solution: A Breakthrough for Peace in the Israeli-Palestinian Deadlock (La Solution à Un Seul Etat : Une solution pour sortir de l’impasse israélo-palestinienne, en vue de la paix) [University of Michigan Press and Manchester University Press, 2005].

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

liens
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1783&lg=fr

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Au sujet du “droit d’Israël d’exister” - Ce qui est demandé est un jugement moral

Par John V. WHITBECK
John V. Whitbeck, avocat international, est l’auteur de "The World According to Whitbeck" (“Le monde selon Whitbeck”).

Maintenant qu’une guerre civile, recherchée depuis longtemps par Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne, est sur le point d’éclater, il est temps d’examiner la justification mise en avant par Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne de la punition collective infligée au peuple palestinien en représailles à son « mauvais » choix lors des élections démocratiques de janvier dernier – c’est-à-dire le refus du Hamas de « reconnaître Israël » ou de « reconnaître l’existence d’Israël » ou de « reconnaître à Israël le droit d’exister ».

Ces trois formulations ont été utilisées de façon interchangeable par les médias, les politiciens et même les diplomates, comme si elles signifiaient la même chose. Ce qui n’est pas le cas.

“Reconnaître Israël” ou n’importe quel autre Etat est un acte officiel légal/diplomatique par un Etat envers un autre Etat. Il est inapproprié – et même absurde – de parler d’un parti ou d’un mouvement politique, même appartenant à un Etat souverain, qui donnerait reconnaissance diplomatique à un Etat. Parler de la «reconnaissance d’Israël» par le Hamas est tout simplement nul, un raccourci trompeur qui sème la confusion sur la demande réelle qui est faite.

“Reconnaître l’existence d’Israël” n’est pas un non-sens logique et implique, à première vue, la reconnaissance manifeste d’un fait de la vie – comme la mort et les impôts. Pourtant, cette formulation comporte de sérieux problèmes pratiques. Quel Israël, à l’intérieur de quelles frontières, cela concerne-t-il ?

- Les 55% de la Palestine historique recommandés pour un Etat juif par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1947 ?

- Les 78% de la Palestine historique occupés par Israël en 1948 et considérés maintenant partout dans le monde comme « Israël », ou « territoire israélien » (« Israël proper » en anglais) ?

- Les 100% de la Palestine historique occupés par Israël depuis juin 1967 et montrés comme étant « Israël » sur les cartes des livres de classe israéliens ?

Israël n’a jamais défini ses propres frontières, puisque le faire le limiterait nécessairement. Cependant, si c’est tout cela qui était demandé au Hamas, il lui serait possible de reconnaître, comme un fait avéré, qu’un Etat d’Israël existe aujourd’hui à l’intérieur de quelques frontières spécifiées.

“Reconnaître à Israël le droit d’exister”, la demande réelle, est d’un niveau totalement différent. Cette formulation ne concerne pas des formalités diplomatiques ou une simple acceptation de réalités présentes. Elle appelle un jugement moral.

Il y a une différence ENORME entre « reconnaître l’existence d’Israël » et « reconnaître à Israël le droit d’exister ».

D’un point de vue palestinien, la différence est de même niveau que de demander à un Juif de reconnaître que l’Holocauste a eu lieu et lui demander de reconnaître qu’il était « juste » que l’Holocauste ait eu lieu – que l’Holocauste (ou, dans le cas des Palestiniens, la Nakba) était moralement justifié.

Demander aux Palestiniens de reconnaître « à Israël le droit d’exister », c’est demander à des gens qui ont été traités, depuis presque 60 ans, et continuent d’être traités, comme des sous-hommes de proclamer publiquement qu’ils SONT des sous-hommes – et, au moins implicitement, qu’ils méritent ce qui a été fait, et continue d’être fait contre eux.

Même les gouvernements US du 19ème siècle n’ont pas demandé aux Natifs américains survivants de proclamer publiquement la « justesse » de leur nettoyage ethnique par les Visages Pâles comme préalable à toute discussion sur la réserve dans laquelle ils seraient enfermés – sous blocus économique et menace de famine jusqu’à ce qu’ils perdent tout ce qui leur reste de fierté et concèdent ce point.

Certains croient que Yasser Arafat a accepté cette reconnaissance pour en finir avec la sauvagerie de la diabolisation et gagner le droit d’être sermonné directement par les Américains. En fait, dans sa fameuse déclaration de Stockholm en 1988, il a accepté « le droit à Israël d’exister en paix et en sécurité ». Cette formulation, d’une manière significative, concerne les / conditions / de l’existence d’un Etat qui, de fait, existe. Elle n’implique pas la question existentielle de la « justesse » de la dépossession et de la dispersion du peuple palestinien de sa terre natale pour faire de la place à un autre peuple venu de l’étranger.

L’invention de la formulation “droit à Israël d’exister" et son utilisation comme excuse pour ne discuter avec aucun gouvernement palestinien qui défendrait les droits fondamentaux du peuple palestinien, est attribuée à Henry Kissinger, le grand maître ès-cynisme diplomatique.

On peut douter que les Etats qui continuent à utiliser cette formulation le fassent en pleine conscience de ce qu’elle sous-entend, moralement et psychologiquement, pour le peuple palestinien et dans le même but cynique – une sorte de barrage empêchant toute avancée vers la paix et la justice en Israël/Palestine et une manière de donner encore plus de temps à Israël pour créer des situations irréversibles et blâmer en même temps les Palestiniens pour leurs propres souffrances.

Cependant, de nombreux citoyens honnêtes et de bonne volonté peuvent se laisser tromper par la simplicité superficielle des mots « le droit à Israël d’exister » (et encore plus aisément par les deux autres raccourcis) et croire qu’ils constituent une demande raisonnable et évidente, et que le fait de refuser une telle demande raisonnable est certainement un signe de perversité (ou d’ « idéologie terroriste ») plutôt que la nécessité de se raccrocher au respect de soi-même et à la dignité comme des êtres humains à part entière, ce que ressentent profondément et comprennent parfaitement, du fond de leurs coeurs et de leurs esprits, des gens trompés depuis longtemps qu’on a dépouillés de presque tout ce qui fait que la vie vaut le coup d’être vécue.

Ceci est avéré par les sondages montrant que le pourcentage de Palestiniens qui approuvent la fermeté du Hamas et son refus de plier devant cette demande humiliante de l’ennemi, malgré l’intensité des souffrances et douleurs économiques infligées par le siège israélien et occidental, dépasse de façon significative le pourcentage de population qui a voté pour le Hamas en janvier dernier.

Il n’est peut-être pas trop tard pour que les esprits honnêtes de par le monde attirent l’attention sur le caractère déraisonnable – et même immoral - de cette demande et sur la formulation verbale qui la sous-tend, dont l’utilisation abusive a déjà causé tellement de souffrances et menace d’en causer encore bien d’autres.

Source : http://www.counterpunch.org/whitbeck12212006.html
Traduction : MR pour ISM


liens

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=
5991&type=analyse

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